Le 14 juillet 2021, la Commission a présenté sa proposition de règlement établissant un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Cette proposition vise à lutter contre le risque de fuite de carbone résultant des politiques climatiques asymétriques des pays tiers (dont les politiques de lutte contre le changement climatique sont moins ambitieuses que celles de l’UE). L’application d’un Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) permettrait d’éviter que les efforts de réduction des émissions consentis par l’Union ne soient neutralisés par une augmentation des émissions en dehors de l’Union qui résulterait d’une délocalisation de la production vers des pays tiers ou une augmentation des importations de produits à plus haute intensité de carbone.

Finance climatique

Le Conseil Européen est parvenu cette semaine à un accord sur le règlement établissant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Il s’agit de l’un des éléments clés du paquet “Ajustement à l’objectif 55” de l’Union européenne.

L’objectif principal de cette mesure environnementale est de prévenir les fuites de carbone et d’inciter les pays partenaires à mettre en place des politiques de tarification du carbone pour lutter contre le changement climatique.

Le MACF vise donc les importations de produits à plus haute intensité de carbone, en ligne avec les règles du commerce international, afin d’éviter que les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre consentis par l’Union européenne ne soient neutralisés par l’importation de produits fabriqués dans des pays tiers, dont les politiques de lutte contre le changement climatique sont moins ambitieuses que celles de l’UE. Ce mécanisme permettra donc d’aider à prévenir la délocalisation et l’augmentation des importations de produits à plus haute intensité de carbone.

Les produits issus des secteurs suivants seront couverts par le MACF: ciment, aluminium, engrais, production d’énergie électrique, fer et acier.

L’accord sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est une victoire pour la politique climatique européenne. Nous disposerons d’un instrument permettant d’accélérer la décarbonation de notre industrie, tout en la protégeant d’entreprises de pays moins-disant en termes de lutte contre le changement climatique. C’est aussi une incitation pour ces pays à limiter davantage leurs émissions carbones. Enfin, le MACF répond à notre ambition stratégique européenne qui est l’accélération de notre indépendance énergétique.

Bruno Le Maire, ministre français de l’économie, des finances et de la relance

Le MACF est conçu pour fonctionner parallèlement au système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE de l’UE), dont il serait le pendant et le complément en ce qui concerne les marchandises importées. Il remplacera progressivement les mécanismes existants de l’Union européenne destinés à faire face au risque de fuite de carbone, en particulier l’allocation de quotas à titre gratuit dans le cadre du SEQE de l’UE.

Par rapport à la proposition initiale de la Commission, le Conseil a opté pour une plus grande centralisation de la gouvernance du MACF lorsque cela semble judicieux et contribue à une plus grande efficacité. Ainsi, il est prévu de centraliser au niveau de l’UE le nouveau registre des déclarants (importateurs) MACF.

Le Conseil prévoit également un seuil minimal qui exempte des obligations du MACF les envois d’une valeur inférieure à €150. Cette mesure réduirait la complexité administrative, étant donné qu’environ un tiers des envois à destination de l’Union relèveraient de cette catégorie et que leur valeur et leur quantité agrégées représentent une part négligeable des émissions de gaz à effet de serre des importations totales de ces produits dans l’Union.

Proposition de loi

Le Conseil doit encore rogreser sur un certain nombre de questions étroitement liées au MACF, mais qui ne font pas partie du projet de texte juridique du règlement MACF. Cela concerne, en particulier, la solution relative à la suppression progressive de l’allocation de quotas à titre gratuit aux secteurs industriels couverts par le MACF, établie par la directive SEQE de l’UE, et les solutions relatives à la question de la limitation de la fuite potentielle de carbone liée aux exportations, de manière à assurer l’efficacité économique, l’intégrité environnementale et la compatibilité du MACF avec les règles de l’OMC.

Deux autres points continueront d’être également suivis:

  • la proposition sur les ressources propres par la Commission, qui s’appuient entre autres sur les revenus issus des ventes de certificats MACF, qui sont en deliberation jusqu’au 1er juillet 2022, en ligne avec l’accord inter-institutionnel du 16 décembre 2020.
  • le renforcement de la coopération internationale dans le domaine de la tarification du carbone, par exemple par l’établissement d’un club climatique, en parallèle du MACF, où les politiques de tarification du carbone pourraient être débattues et encouragées.

Lorsque le Conseil aura suffisamment avancé sur ces points, il pourra lancer les négociations avec le Parlement européen, dès que celui-ci a décidé de sa position.

Source: CE