Fonds souverains, family offices, fonds d’investissement, capital risque et UHNWI: l’intérêt mondial pour la classe des actifs numériques augmente, soulevant de nombreuses questions sur les risques de volatilité, les rendements et de quelle mesure l’allocation d’actifs numériques devrait être considérée dans un stratégie de diversification.

Les actifs numériques attirent de plus en plus l’attention des investisseurs internationaux – particuliers et institutionnels – en particulier les crypto-monnaies grâce notamment à un environnement règlementaire en nette amélioration.

Ils sont devenus de plus en plus accessibles aux investisseurs institutionnels qui cherchent à diversifier leurs portefeuilles. La considération actuelle d’inclure des actifs numériques dans un portefeuille est comparable aux hedge funds qui apparaissant dans l’allocation des fonds de pension dans les années 90 ou, plus récemment, aux investissements dans les marchés émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine) au début des années 2000

Son pouvoir de diversification et sa faible corrélation avec les classes d’actifs traditionnelles peuvent expliquer le succès de cette classe d’actifs, relativement nouvelle.

Une classe d’actifs non traditionnelle

Très rarement, une nouvelle classe d’actifs n’est pas conforme aux comportements traditionnels. On peut tenter de faire des prédictions sur la façon dont les marchés des actions et de la dette réagiront aux différents évènements et influences du marché, tels que les risques géopolitiques et de crédit, les résultats des entreprises, les rapports sur le PIB, les politiques monétaires et fiscales, etc.

Avec les actifs numériques, les valeurs sont dérivées d’un panel différent de moteurs, à savoir la fonction d’utilité, le plafond de l’offre, la volatilité des jetons numériques, l’adoption de la blockchain / protocole, etc. Ces facteurs affectent en fin de compte les corrélations des crypto-actifs avec les actifs traditionnels et peuvent être stratégiquement utilisés pour aider à diversifier un portefeuille d’investissement.

Les crypto-monnaies sont sensiblement différentes des monnaies fiduciaires traditionnelles en ce sens qu’elles sont soumises à une politique monétaire prédéfinie. Cependant, nous remarquons que les cryptos, tels que Bitcoin (BTC), ont un prix plus élevé en fonction de leur utilité ainsi que de leur offre plafonnée et de la demande croissante. La demande est directement liée à la fonction d’utilité d’un actif: plus l’utilité est élevée, plus la demande est importante. Et, contrairement aux monnaies fiduciaires, il n’y a qu’une offre prédéfinie de Bitcoin.

L’acceptation des crypto-actifs par les régulateurs s’accroit. De nombreuses juridictions ont commencé à élaborer des cadres règlementaires pour l’émission et la négociation de ces actifs. En outre, cette acceptation croissante a alimenté un boom des développements d’infrastructures numériques.

La récente Ordonnance Souveraine à Monaco n ° 8.258 du 18 septembre 2020 mettant en application la loi n ° 1.491 du 23 juin 2020 relative à l’offre de jetons, permet à une plateforme numérique d’émettre, d’enregistrer, de stocker et de transférer des jetons. En juin dernier, le gouvernement monégasque a officialisé un protocole d’accord avec Tokeny Solutions en tant que fournisseur de la technologie numérique permettant l’émission d’instruments financiers tokenisés.

Les principales institutions financières ont lancé des offres, notamment des plateformes de négociation et de conservation de crypto-monnaie, faisant de ces actifs un investissement plus sûr.

Comme nous le connaissons avec les opérations bancaires et les investissements traditionnels, la sécurité des plateformes de négociation et de conservation des actifs (appelés «wallets» dans l’espace des actifs numériques) sont aussi importantes que la valeur de l’actif lui-même; l’actif ne peut exister et être largement accepté sans une infrastructure sûre et sécurisée, et un cadre règlementaire clair.

Pouvoir de diversification des actifs numériques

Selon Investopedia, «La théorie moderne du portefeuille (MPT) affirme qu’un investisseur peut réaliser une diversification et réduire les risques de pertes en réduisant la corrélation entre les rendements des actifs sélectionnés dans le portefeuille. L’objectif est d’optimiser le rendement attendu par rapport à un certain niveau de risque. »

Cela rend les actifs numériques particulièrement intéressants car leur corrélation avec les classes d’actifs traditionnelles est faible. Si les actifs numériques ont la réputation d’être très volatils, leur faible corrélation avec d’autres classes d’actifs en fait d’excellents diversificateurs. Une petite allocation d’actifs numériques pourrait réduire considérablement le risque d’un portefeuille plus traditionnel de type «60/40» par exemple.

D’après le tableau ci-dessous, il semble que les actifs numériques aient peu de corrélation avec les actifs traditionnels sur le long terme.

corrélations actifs traditionnels et digtaux
Toutes les corrélations sont calculées en utilisant les performances quotidiennes du 31 décembre 2016 au 31 août 2020. Les données sont libellées en USD, provenant de CryptoCompare pour les actifs numériques et d’Alpha-Vantage pour les autres données de marché.

Liste des actifs: iShares MSCI World Index ETF, SPDR S&P 500 ETF, SPDR EURO STOXX 50 ETF, iShares MSCI Emerging Markets Index, Xtrackers Harvest CSI 300 China A-Shares ETF, SPDR Gold Trust, United States Oil Fund, iShares 20+ Year Treasury Bond ETF, iShares Core U.S. Aggregate Bond ETF, Bitcoin (BTC), Ether (ETH), Ethereum Classic (ETC), Litecoin (LTC), Monero (XMR), Ripple (XRP), Euro, UK Pound Sterling, Swiss Franc, Chinese Yuan, Japanese Yen, Russian Ruble.

Le Bitcoin (BTC) est évidemment l’actif numérique le plus populaire parmi les investisseurs institutionnels, mais beaucoup d’entre eux explorent également des investissements dans des produits plus sophistiqués tels que les indices cryptographiques.

Pour Laurent Barocas, ancien senior manager de Bloomberg, et responsable des solutions indicielles chez Trakx – la plateforme d’indices crypto-tradés soutenue par Consensys:

«L’inclusion d’une petite proportion d’indices cryptés (CTI) dans un portefeuille offre un ratio de Sharpe plus favorable que l’investissement direct en BTC, et donc un rendement de portefeuille potentiellement plus élevé dans un environnement de risque plus contrôlé qui garantit une plus grande diversification.

En observant l’intérêt du marché d’un groupe d’investisseurs de plus en plus diversifié, y compris même des entités souveraines, on peut laisser entendre que les actifs numériques joueront un rôle important dans l’avenir des marchés financiers. »

Trakx n’est pas la seule institution à avoir ce point de vue. Les rapports de Bitwise Asset Management et de Fidelity Digital Assets ont constamment plaidé en faveur d’une augmentation de l’adoption des actifs numériques par les investisseurs institutionnels.

Des entités hautement règlementées sont déjà entrées dans l’espace. On s’attend donc à ce que les entités moins règlementées telles que les hedge funds et les family offices adoptent cette tendance à un rythme de plus en plus rapide dans un avenir proche.

Les actifs numériques deviennent un élément indispensable de la construction du portefeuille de certains investisseurs institutionnels. Ceux qui franchissent le pas considèrent que l’ajout d’une allocation numérique, telle que Bitcoin, dans un portefeuille d’investissement peut potentiellement entraîner des rendements considérablement accrus.

Cet allocation présente certains risques associés à une volatilité accrue, que les investisseurs qualifiés atténuent par la diversification et l’utilisation du ratio de Sharpe pour guider et construire un portefeuille qui répond aux exigences individuelles de risque et de rendement.

Article : Joana Foglia – interview Laurent Barocas – Trakx