Bitcoin entre Crainte et Frénésie

On l’a bien compris, avec la flambée début Janvier du Bitcoin, l’écart se creuse entre les cryptos-sceptiques et la communauté crypto qui ne doute pas de cette technologie ni de la valeur intrinsèque de ce jeton. Car, faut-il le rappeler, l’intérêt du Bitcoin va bien au-delà de sa simple valeur ou de sa volatilité.

Lors d’un récent échange avec l’un des pionniers de l’écosystème Blockchain Remy Ozcan, Président de la Fédération Française des Professionnels de la Blockchain, celui-ci évoquait la loi passée récemment aux États-Unis qui

« confirme le fait que les banques puissent devenir des nœuds validateurs et qu’elles peuvent utiliser le stablecoins pour améliorer les transferts de monnaie transfrontaliers. Les Blockchains ont ainsi le même statut que d’autres réseaux financiers mondiaux tels que SWIFT, ACH ou FedWire. Il s’agit là d’une avancée importante vers le basculement sur une infrastructure de marché reposant sur la technologie Blockchain. Ne pas l’anticiper pourrait être fatale aux acteurs bancaires. »

Si cette technologie fait désormais officiellement partie de l’infrastructure financière américaine elle ne tardera pas à s’étendre à l’Europe, et Christine Lagarde aura beau demander de réguler le « spéculatif » Bitcoin, il n’y aura certainement plus de retour technologique possible.

Sécurisation des paiements à distance ; Intermédiation ; Trading d’action… l’application de la Blockchain pour le système bancaire est vaste et ne cesse de s’étendre à d’autres utilisations comme le KYC (par le biais de la création d’une identité numérique), l’aspect juridique avec les smart-contracts, la sécurisation des données sensibles. Des utilisations et des réseaux qui se construisent.

Ainsi l’initiative de la JP Morgan IIN (Interbank Information Network) regroupe déjà 412 établissements bancaires, et d’autres Consortiums comme R3 ou Hyperledger relaient l’utilité de la Blockchain pour faciliter et accélérer certaines transactions dans le secteur bancaire. La Blockchain représente pour ce secteur aussi une énorme réduction des coûts. Entre 15 à 20 milliards de dollars d’ici 2022 selon une étude de Santander

Donc si la correction récente du cours du Bitcoin en effraie certains, elle ne remet aucunement la validité de la technologie Blockchain, qui déjà en 2016 selon la Banque de France représentait « une innovation majeure » :

« la décentralisation de la gestion de la sécurité empêche la falsification des transactions ».

Pourtant, l’AMF, 4 ans plus tard la Banque centrale rappelle le risque de perte en capital « lié aux monnaies virtuelles, auxquels d’autres risques s’ajoutent : perte de tout ou partie du capital investi, absence de réglementation, absence d’information détaillée, fraude ou escroquerie… »

Est-ce vraiment la bulle spéculative du Bitcoin que l’Europe craint le plus ? Car ce n’est pas un phénomène nouveau. Thierry Crovetto analyste chez TC Stratégie Financière à Monaco rappelait dans une de ses notes, intitulée « exubérance irrationnelle des marchés » que ce phénomène remonte au XVIIème siècle avec « l’une des premières bulles appelée « tulipomania » qui s’est caractérisée par l’augmentation démesurée puis l’effondrement des cours des bulbes de tulipe aux Pays-bas »

Ou est-ce les lacunes de réglementation, et le risque de blanchiment d’argent qui effraie l’Europe ? On sait pourtant que toutes les transactions Bitcoin sont publiques, traçables et conservées à l’infini dans le réseau Bitcoin, ce qui signifie que chacun peut consulter le solde et les transactions d’une adresse.

Ou bien est-ce plutôt cette déconnexion des marchés et de l’économie réelle ? La perte de confiance et de valeur de la monnaie fiduciaire ? Rappelons que 20 % de la masse monétaire M2 a été imprimée en 2020. Alors pourquoi douter du Bitcoin plus que du dollar aujourd’hui ?

Le Bitcoin pourrait être le catalyseur de toutes nos peurs : la transformation de notre société et de notre logique économique trop rapide et incontrôlable, une ramification technologique à tous les niveaux de la finance traditionnelle, de nouveaux entrants, de nouvelles demandes, la suppression d’intermédiaires, des systèmes de contrôles passéistes et inopérables sur la Blockchain.

Que le Bitcoin soit une monnaie virtuelle ou un actif numérique cela change-t-il en soi la solvabilité de sa technologie?

Article: Joana Foglia

Auteur de l’article : Wealth Monaco

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