Monaco

Capital Risque : le dilemme des Family Offices

Lorsqu’on aborde le sujet des Family Offices (FO), on a tendance à rappeler de manière récurrente que chaque famille est unique et qu’en tant que telle le modus operandi de son FO est également très distinctif.

Cependant, en termes de Capital Risque, mis à part les grands FOs comme ICONIQ – soutenu par les familles Zuckerberg et Sandberg qui excelle dans l’art de investissement dans l’industrie du capital-risque (Insight Venture Capital fund), cet univers reste assez complexe pour de nombreuses FOs.

Cette considération serait-elle causée par leurs spécificités familiales ou par l’ADN antinomique qui existe entre la stratégie d’investissement des FOs et celle du capital-risque?

Pour clarifier ce point, Wealth Monaco s’est entretenu avec le Dr Alexander Kern, fondateur d’AKX Capital à Monaco et Managing Partner de l’Euro-Institut. Il est “Venture Capitaliste”, investisseur et professeur à l’Université Internationale de Monaco (IUM) et à l’EDHEC.


Du “old money” aux fortunes Big-Techs

Les turbulences et les défis découlant de la COVID-19 ont créé une nouvelle situation économique mondiale, qui a conduit les investisseurs à identifier de nouvelles opportunités d’investissement offrant des rendements encore élevés et une solide protection contre les tendances baissières. Ces besoins ont été satisfaits avec succès par l’industrie du Capital Risque. Une classe d’actifs devenue plus attractive et considérée comme une belle opportunité d’investissement.

Alors que les institutions restent de gros investisseurs dans les fonds de capital-risque, elles étaient réticentes à l’égard de cette industrie. Cette tendance est en train de changer à mesure que les gestionnaires de portefeuille ont grandi avec les technologies d’un nouvel âge, ou ont été autrefois impliqués dans les Big Techs, et conservent depuis leur esprit d’entrepreneur. Leurs modèles de réussite sont les Elon Musk, ou les leaders des GAFAs, et ils ont également tendance à investir avec une pensée d’entrepreneur en abordant directement les fondateurs de startups.

On observe simultanément, de nombreux investisseurs institutionnels, fonds de pension ou FOs qui expérimentent un changement générationnel depuis les trois ou cinq dernières années, et qui deviendra encore plus important dans les cinq à dix années à venir, à mesure que les «patriarches» vieillissent et transmettent leurs FOs ou leurs entreprises familiales aux générations suivantes – natifs de l’ère numérique «presque constamment» en ligne.

A Monaco, les FOs et HNWI sont les principaux investisseurs dans cette classe d’actifs innovante. Cependant, par nature, les FOs souhaitent opérer en toute confidentialité. Ainsi, lorsque le contact est directement établi avec une startup, les FOs peuvent ne pas avoir toutes les indications nécessaires sur les précédentes tentatives infructueuses de levée de fonds faites par le fondateur de la startup auprès d’autres investisseurs providentiels ou autres fonds de capital-risque, qui n’ont volontairement pas investi dans le projet. Ce qui pourrait laisser les FOs avec les «invendus».

Par conséquent, les FOs doivent aborder cette classe d’actifs d’une autre manière.

Comment les FOs devraient-il aborder l’industrie du capital-risque?

La meilleure option pour les FOs serait-elle d’intégrer sa propre équipe de capital-risque ou d’approcher les fonds de capital-risque?

La majorité des FOs n’ont pas de gestionnaire ou de personnel dédié, ni entrainé aux problématiques entrepreneuriales du capital-risque, de sorte que leur analyse d’un point de vue traditionnel du capital-investissement peut ne pas correspondre au monde du capital-risque.

Une équipe d’experts dédiés à cette industrie pourrait être une excellente option pour un FO possédant une grande expertise dans une région précise ou dans un secteur industriel donné. En revanche, pour les familles moins spécialisées, ils est envisageable d’intégrer une équipe pour gérer les opportunités avec les startups, mais dans ce cas, les frais fixes qu’ils devront allouer à cette équipe ne seront pas proportionnels au rendement des startups.

En effet, pour couvrir les frais moyens d’une équipe de capital-risque, un FO pourrait facilement dépenser jusqu’à 500K $ par an, ce qui signifie qu’il devra allouer environ 10 à 20 millions de dollars chaque année dans le capital-risque, ce qui représente un niveau d’investissement beaucoup trop élevé pour cette classe d’actifs pour la plupart des FOs.

Pour cette raison, certains FOs envisagent plutôt d’investir dans des fonds de capital-risque, mais nombre d’entre eux sont généralement souscrits par d’autres FOs ou par des investisseurs institutionnels qui soutiennent ces fonds depuis leur création ; c’est le cas de Sequoia, Andreessen Horowitz ou Benchmark Capital qui ont financé les startups les plus célèbres telles que Facebook, Uber ou WeWork et n’ont peut-être pas besoin de nouveaux arrivants dans leurs fonds de capital-risque.

Par conséquent, les FOs qui souhaitent entrer dans le monde du capital risque devraient plutôt investir dans un fonds de fonds. La raison principale est que le gestionnaire de ce fonds de fonds connait toute l’étendue de l’industrie du capital risque et possède l’expertise d’un secteur, d’une industrie ou d’une région bien spécifique, qui représente le facteur clé du succès du capital risque.

Cette solution offre aux FOs à la fois la possibilité d’entrer dans un fonds de capital-risque et le potentiel d’obtenir des rendements plus élevés grâce à un large panel de startups sélectionnées, qui implique une plus grande probabilité de trouver dans le lot au moins une licorne qui augmentera potentiellement les rendements.


Pour conclure, au-delà de l’approche complexe du capital risque, il semble néanmoins probable que l’empreinte des FOs au sein de cette sphère continuera de croitre dans les années à venir.

Certains FOs pourront choisir d’investir dans des startups en démarrage, afin de limiter les risques liés à la création et au développement précoce, tandis que d’autres préfèreront plutôt se diversifier en investissant dans des startups en phase de démarrage qui représentent une option à faible volatilité pour une croissance à un prix raisonnable (GARP) – dans le cas où les investisseurs GARP recherchent des entreprises avec un rendement de croissance régulier supérieur au niveau moyen du marché (growth) tout en excluant les entreprises trop bien évaluées (value).

Quoi qu’il en soit, malgré les styles d’investissement et de post-investissement contrastés entre les FOs et les stratégies de capital-risque, il est cependant possible pour les FOs de trouver dans l’industrie du capital-risque leur propre vision de l’investissement en tant que création de valeur élevée à long terme. Et pour aller même encore plus loin, l’industrie du capital risque aurait grandement à gagner à collaborer avec les FOs, dont les critères de gouvernance et de conviction sont extraordinairement forts.

Interview Dr. Alexander Kern, fondateur de AKX Capital et Managing Partner du Euro -Institute / Article: Joana Foglia

Auteur de l’article : Wealth Monaco