Diem Libra

Carpe Diem & l’Euro Digital

L’Association Libra vient d’annoncer l’adoption d’un nouveau nom et le recrutement d’exécutifs essentiels pour renforcer son indépendance organisationnelle.

Passant ainsi du nom de Libra à celui de «Diem», l’Association continuera à poursuivre sa mission de construction d’un «système de paiement sûr, sécurisé et conforme qui autonomise les personnes et les entreprises du monde entier».

Depuis sa création, l’ex-Libra vise à accroître l’inclusion financière, en comptant sur les personnes non bancarisées et sous-bancarisées présentes dans le monde entier, y compris aux Etats-Unis, et qui totalisent environ 1,7 milliard d’individus.

Une crypto-monnaie facile d’emploi, promue par un réseau social touchant 2,7 milliards de membres et s’adressant à ceux que la finance délaisse, ou met de côté, a suffi à faire du Libra la monnaie à abattre. Sous la menace que ce géant américain puisse offrir un projet construit en cercle fermé, les gouvernements se sont lancés dans une course effrénée pour proposer leur propre monnaie digitale et assoir leur souveraineté monétaire.

À ce jour, la Banque Centrale Chinoise semble être la plus aboutie avec son Yuan digital en test depuis quelques mois dans 4 villes. La Suède avance aussi sur ce sujet. Pour les autres pays, le passage est plus complexe.

Dans la zone euro, contrairement à la Suède ou à la Chine, la demande pour les billets reste encore forte, et la première explication pour prendre le temps de “penser” cet euro digital semble être causé par une trop grande disparité nationale des modes de paiements  

« Il faut avancer sur les monnaies numériques, qui font partie de la solution. Il faut définir des principes communs et étudier ensemble les solutions technologiques. Mais chacun les mettra en œuvre à son rythme et selon ses spécificités. Les réponses ne peuvent pas être uniformes. Chaque pays a son propre système financier. Dans certains pays, les banques commerciales sont très présentes, dans d’autres moins. Ailleurs encore, beaucoup de gens n’ont même pas de compte bancaire. Les préférences en matière de moyens de paiement sont différentes selon les pays, de même qu’en matière d’anonymat des transactions. La monnaie est une question de souveraineté et toutes ces questions ne pourront être tranchées qu’après une consultation très large de la société. »

Benoît Cœuré – Directeur de la Banque des Règlements Internationaux – interview l’Express 12 Novembre 2020

Des propos qui corroborent ceux de Fabio Panetta, qui de son côté met en garde contre une ruée massive vers les paiements numériques, soulignant qu’ils restent vulnérables à des perturbations techniques ou de cyber attaques.

«Dans de telles situations, la monnaie physique peur soutenir la résilience des paiements: en raison de ses caractéristiques uniques, elle constitue un filet de sécurité essentiel et une réserve de valeur fiable».

Fabio Panetta – Membre du directoire de la Banque Centrale Européenne

Pour Christine Lagarde, les crypto-actifs posent un problème en termes de confiance envers l’émetteur. Un risque qui se traduit par une monnaie à forte volatilité.

« Le principal risque serait de se reposer entièrement sur la technologie et sur le concept imparfait de l’absence d’émetteur identifiable ou de créance. En outre, l’utilisateur ne peut pas compter sur la stabilité de la valeur de crypto-actifs hautement volatiles, illiquides et spéculatifs, qui, de ce fait, ne remplissent pas l’ensemble des fonctions d’une monnaie »

Christine Lagarde- Présidente de la Banque Centrale Européenne

Mêmes les stablecoins conçus pour minimiser la volatilité par rapport à un actif ou un panier d’actifs “stable” restent une menace.

« Leur adoption à grande échelle pourrait remettre en cause la stabilité financière et la souveraineté monétaire. Si, par exemple, leurs émetteurs ne garantissent pas une valeur fixe ou s’ils semblent incapables d’absorber des pertes, leurs utilisateurs pourraient s’en détourner brusquement. De plus, leur utilisation comme réserve de valeur pourrait déclencher un vaste mouvement de report de dépôts bancaires en leur faveur, avec des répercussions possibles sur les opérations bancaires et sur la transmission de la politique monétaire »

Christine Lagarde- Présidente de la Banque Centrale Européenne

Deux visions très différentes donc qui oscillent entre une Europe qui souhaite donner la parole aux consommateurs afin de décider des modes de paiements qu’ils souhaitent choisir, et un géant de la tech qui propose un projet de monnaie numérique accessible à tous.   

A ce jour, l’Association Diem s’attache à faire en sorte que son projet soit conçu pour répondre aux attentes réglementaires et attend l’obtention de la licence de système de paiement délivrée par l’autorité suisse de surveillance des marchés financiers (la FINMA) dont la demande a été déposée en avril

«Le projet Diem fournira une plate-forme simple pour que l’innovation fintech prospère et permette aux consommateurs et aux entreprises d’effectuer des transactions instantanées, à faible coût et hautement sécurisées. Nous nous engageons à le faire d’une manière qui favorise l’inclusion financière – en élargissant l’accès à ceux qui en ont le plus besoin et en protégeant simultanément l’intégrité du système financier en décourageant et en détectant les comportements illicites. “

Stuart Levey, PDG de Diem Association

Article: Joana Foglia

Auteur de l’article : Wealth Monaco