BULLE FINANCIERE

Comment Investir Dans Un Monde De Bulles?

Comment définir une bulle financière ?

Une bulle financière se caractérise généralement par l’écartement important (à la hausse) entre le prix d’actifs financiers et leur valorisation économique intrinsèque. L’image pour illustrer ceci est celle d’un promeneur avec son chien : le chien (représentant le marché) s’éloigne du promeneur (représentant la valeur intrinsèque), prenant successivement de l’avance et du retard sur ce dernier.

Histoire des bulles

Une bulle financière n’est pas un phénomène nouveau puisque nous pouvons remonter au XVIIème siècle pour voir apparaitre l’une des premières bulles appelée “tulipomania” qui s’est caractérisée par l’augmentation démesurée puis l’effondrement des cours des bulbes de tulipe aux Pays-Bas. L’auteur de “Black Swan” Nassim Nicholas Taleb compare le Bitcoin à la bulle du 17ème siècle dans les bulbes de tulipes.

Au cours des deux dernières décennies, nous avons assisté à l’éclatement de deux bulles financières majeures : la “bulle des nouvelles technologies” qui éclata en 2000 et la “bulle du crédit” qui éclata en 2007/2008.

Mécanisme des bulles

Le carburant de chacune de ces bulles fut un accès facile au crédit et une forte expansion de la masse monétaire qui entraine implicitement un gonflement du prix des actifs financiers et en particulier des actions. Dans les deux cas, un durcissement des politiques monétaires et des conditions de crédit moins favorables ont été les éléments déclencheurs de ces deux grandes crises

Chaque formation de bulle comporte plus ou moins les mêmes étapes : recherche de rendement plus élevé, de nouveaux entrant poussent la valorisation des actifs toujours plus haut, l’acceptation et la théorie d’une nouvelle économie, enfin une diminution des nouveaux acheteurs…

Situation actuelle

Aujourd’hui, les politiques monétaires des banques centrales n’ont jamais été aussi accommodantes et la croissance de la masse monétaire n’a jamais été aussi rapide et déconnectée de la croissance du PIB qui mesure la création de richesse.  

La première conséquence a été la hausse des prix d’actifs financiers, les obligations en premier lieu, car elles ont été directement achetées par les banques centrales avec l’argent créé… Ce phénomène a tout d’abord touché les obligations d’Etat dont certaines ont des taux de rendement négatifs, puis les obligations Corporate Investment Grade puis par un mécanisme d’éviction les obligations Corporate High Yield. Le TINA « There Is No Alternative » pousse les investisseurs à prendre de plus en plus de risque pour de moins en moins de performance attendue ; ces derniers ont tendance à oublier de se poser une question essentielle en finance : « Le risque que je prends est-il correctement rémunéré ? »

Ce fut ensuite au tour des actions de très fortement progresser, toujours poussées par le fameux TINA… Leur valorisation (MSCI World) selon la plupart des ratios est revenue au plus haut de 2000.

La seule justification de la valorisation actuelle des actions est la faiblesse des taux d’intérêt. C’est ce que montre le niveau actuel des primes de risque des actions qui peuvent être calculées en divisant les bénéfices attendus par le prix et en soustrayant le rendement obligataire.

-> La bulle des actions est donc en partie masquée par la bulle des obligations…

Que faire dans cet environnement ?

On constate aujourd’hui que la partie obligataire des portefeuilles ne peut apporter ni rendement, ni sécurité, ni diversification ! Si les banques centrales ralentissent ou arrêtent leurs rachats d’actifs, ce sera négatif pour l’obligataires et les actions car la hausse des taux pèsera sur leurs valorisations. Si au contraire les banques centrales poursuivent leurs rachats d’actifs, elles laisseront filer l’inflation, ce sera, à terme, négatif pour l’obligataire et pour les actions, notamment en terme réel ! Dans les années 70, la performance en terme réel des actions a été négative.

Mais si détecter une bulle est assez simple, prévoir son éclatement est beaucoup plus difficile, et jouer cet éclatement trop tôt peut couter très cher… Michael Burry avait prédit dès 2005 l’éclatement de la bulle du crédit, mais il a perdu de l’argent pendant plus de 2 ans avant d’afficher des gains très importants.

Les investisseurs ne doivent toutefois pas faire l’autruche et continuer de gérer leurs portefeuilles comme s’il n’y avait pas de bulle. A la différence de 1999/2000 et 2007/2008, les obligations d’Etat ne permettent pas de réduire le risque ou d’être rémunéré pour attendre.

Quelques principes d’investissement…

Voici donc quelques pistes pour optimiser le couple rendement risque et préserver son capital en terme réel dans l’environnement actuel. La gestion du risque doit être au centre d’une stratégie d’investissement et peut constituer une véritable source de performance. Les principales idées sont les suivantes :

1/ Rechercher une performance reposant davantage sur la génération d’Alpha et moins sur le Beta ;

2/ Mettre en place une exposition / un Beta flexible systématique dépendant de la volatilité négative à court terme des sous-jacents ;

3/ Puisque l’obligataire ne peut plus protéger les portefeuilles dans le contexte actuel, l’introduction de stratégies de couverture via des dérivés permettent de redonner de la protection en cas de correction. La société Varenne Capital Partners consacre par exemple sur l’ensemble de ses fonds un budget annuel de 1.5% en stratégies de couverture (« Macro Hedge ») pour limiter l’impact d’une forte baisse des marchés.

4/ Rechercher la complémentarité des sous-jacents sélectionnés, d’un point de vue qualitatif et quantitatif. Il convient toutefois d’être très sélectif (très peu de fonds ont un meilleur couple rendement risque que leur benchmark) et de bien combiner les fonds afin d’optimiser le couple rendement risque.

5/ Privilégier des classes d’actifs sur lesquels les gérants génèrent davantage d’Alpha, qui peuvent bénéficier d’un régime d’inflation élevé, et qui fonctionnement bien avec une stratégie « Negative Deviation Target ». On peut citer les Small Caps, les actifs réel, la dette émergente et le Long/Short Equity

Article: Thierry Crovetto – TC Stratégie Financière / TC Formation / TCSF – Analyste financier indépendant spécialisé dans la sélection de fonds

Auteur de l’article : Wealth Monaco