émissions CO2 Finance verte

Comprendre l’Equation Hausse des Emissions de CO₂ et Essor de la Finance Verte

Retrouvez un résumé du constat de l’Agence Française de Développement

Selon l’organisation internationale Climate bonds initiative, le marché des obligations vertes aurait franchi la barre de 1 000 milliards de dollars d’émissions annuels en 2020.

Cela peut paraître considérable, mais ce n’est que 5 % de l’investissement mondial et 0,8 % du marché mondial des obligations, soit une petite fraction du marché mondial des obligations, qui atteint 128 300 milliards de dollars.

Le monde financier renâcle à passer plus franchement à l’action.

Trois explications peuvent être avancées : d’abord, les incitations à agir restent des signaux faibles, voire très faibles, et les « décisions sans retour » des gouvernements sont trop peu nombreuses.

Ensuite, la finance n’est pas encore structurée pour gérer une complexité et des impacts dont la mesure ne se traduit pas directement en prix et en profits.

Enfin, les normes et standards sont imprécis et par voie de conséquences peu contraignants : chacun verdit un peu ce qu’il veut.

Absence d’incitations

Du point de vue des banquiers, il faut bien convenir que les gouvernements, les marchés et leurs régulateurs ne traduisent pas encore en système de contraintes ou d’incitations l’utilisation des instruments de la finance verte. De même, les systèmes de prix auxquels les banques sont confrontées restent déterminés par des marchés qui sont indifférents aux limites souhaitables des émissions de CO2.

Il n’y a toujours pas de véritable taxe carbone en place, le système fiscal reste biaisé en faveur d’activités émissives (comme le subventionnement du carburant aérien et agricole), les primes d’assurances restent largement indifférentes aux risques des actifs échoués. Il n’y a actuellement aucune « prime de rendement » sur les financements verts, pas plus qu’il n’y a de pénalités pour ceux qui ne le sont pas.

Une complexité technique

Lors de la COP26 l’article 6 de l’Accord de Paris se concrétise en instituant un marché mondial du carbone. Ainsi les pays pollueurs pourront acheter aux bons élèves le droit de polluer.

Après des années d’enlisement technique durant lequel il a fallu s’assurer qu’un même crédit carbone ne serait pas comptabilisé deux fois dans les engagements « net zéro », par le vendeur et l’acheteur, le marché du carbone devrait commencer à se structurer.

En sus, une taxe annuelle de 5% du produit des quotas carbone abondera un fonds d’aide, et 2% des quotas seront supprimés.

« Il faut beaucoup plus, notamment une taxe carbone aux frontières, connue aussi comme un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, pour entraîner les retardataires »

Erik Nielsen, chef économiste d’UniCredit

Absence de « coût climat » complet

Un financement vert se concentre sur la labellisation d’un objet final. Est « vert » un champ d’éolienne ou de panneaux solaires. Cela ne dit rien, naturellement, de la chaîne de valeurs, des consommations intermédiaires et des réseaux de sous-traitance qui ont été mis en jeu. En l’absence de « coût climat » complet, il est par exemple impossible de savoir quel est l’impact émissif véritable d’un bien ou d’un service particulier. Cette absence de connaissance du « prix environnemental et social » des biens et services financés est le nœud d’une complexité que les financements verts ne peuvent pas décrypter.

Il existe aussi une certaine confusion entre la responsabilité sociale et environnementale (RSE) et la transition vers l’agenda 2030. C’est la différence entre le repérage des externalités négatives et leur compensation, souvent prévue par la loi, par rapport à des projets conçus pour produire des externalités positives au-delà du périmètre économique de l’entreprise.

En parallèle, s’ils ne sont compris que comme un catalogue, les Objectifs du développement durable (ODD) adoptés par les Nations unies en 2015 ne sont pas vraiment opérants comme critères pour favoriser la transition. Si l’on prend en exemple la mise en culture de nouvelles terres, on pourra enregistrer des impacts très positifs sur la nutrition et la pauvreté, et dans le même temps, constater les préjudices liés à la destruction d’espaces naturels.

Les interactions entre les ODD, entre les questions environnementales et sociales, constituent le sujet essentiel pour juger de l’impact global et à long terme d’un investissement. C’est une matière de complexité, qui est la clé de la transition, et sur laquelle la recherche est attendue pour en éclairer les cohérences comme les limites.

Absence de normes partagées

Comme nous l’avons évoqué plus haut, le vocable « vert » est accolé à tout investissement qui se caractérise par une diminution de la pollution. Les transports urbains électriques, les traitements de déchets, l’épuration des eaux usées, les énergies renouvelables entrent dans cette catégorie. L’Union européenne a réalisé une taxonomie très complète et très technique pour aider les investisseurs à naviguer vers une transition bas-carbone.

Pourtant, l’analyse des impacts montre qu’un financement « vert » ne l’est pas toujours si l’on prend en compte l’intégralité des impacts. On peut l’illustrer avec l’exemple des transports urbains électriques, identifiés comme « verts », tandis que l’électricité additionnelle nécessaire peut provenir de sources énergétiques très émissives.

Dans un univers où chacun invente un peu la norme qui l’arrange, il est difficile de garantir que les critères utilisés par les émetteurs d’obligations vertes prennent réellement en compte tous les éléments intermédiaires, et ne privilégie pas seulement l’objet final.

L’absence de normes universelles, paradoxalement, induit aussi pour les banques un risque d’image. Attirer l’attention sur les financements verts, c’est aussi prendre le risque d’être scruté et dénoncé comme « greenwasher ». Tant que le flou sera la norme, la cohérence, la transparence, l’exemplarité et la lisibilité des impacts des financements resteront questionnées. Et le risque est grand que les financements « marrons » restent la norme, avec en pointillé quelques exceptions vertes pour l’affichage. 

Source: AFD

Auteur de l’article : Wealth Monaco