A l’occasion de ses 20 ans, le Groupement d’Intérêt Scientifique Sol, porté par le ministère Français de l’Agriculture et de l’Alimentation, le ministère de la Transition écologique, l’ADEME, le BRGM, l’IGN, INRAE, l’IRD et l’OFB, a tenu lundi 6 décembre une journée de bilan et de perspectives de son action d’inventaire et de surveillance des sols.

Avec près de 300 représentants des mondes académique, agricole, forestier et associatif, des décideurs et autres parties prenantes, la journée a illustré la manière dont le GIS Sol a et peut encore contribuer aux nouvelles politiques publiques, en particulier agricoles et forestières, dans le cadre de l’aménagement du territoire mais aussi de la gestion de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique afin de répondre aux enjeux climatique, sanitaire et environnementaux.

Les sols sont à la base de l’alimentation et participent à la préservation de la ressource en eau, en quantité et en qualité, à la préservation de la biodiversité terrestre et à la régulation du climat. Mais ils sont aussi exposés à de multiples menaces d’origines naturelles ou liées aux activités humaines : perte de matières organiques, érosion, pollutions, imperméabilisation…. On estime qu’entre un et deux tiers des sols en Europe et dans le monde sont aujourd’hui dégradés. Cette proportion pourrait croître d’ici 2050 en l’absence de mesures concrètes.

Stocker le carbon dans le sol

Bien que les sols soient trop souvent vus comme de simples surfaces, ils forment des volumes aux propriétés physico-chimiques complexes nécessaires en termes de stockage du carbone. A l’échelle locale, le stock de carbone des sols a des effets majeurs sur leur fertilité, et donc sur la productivité agricole, et au niveau global, il permet d’équilibrer le cycle mondial des gaz à effet de serre (GES).

Le sol est émetteur de GES, sous la forme de dioxyde de carbone (CO2), lorsque les matières organiques s’y dégradent mais, en même temps, il contribue au stockage de carbone lorsqu’elles s’y accumulent, la matière organique des sols étant constituée pour plus de 50 % de carbone.

Dans certaines conditions, le sol peut stocker plus qu’il n’émet. Il y a, au total, plus de carbone dans le sol que dans la végétation qui le recouvre et l’atmosphère réunies, puisqu’il s’agit d’un minimum estimé de 1 500 milliards de tonnes de carbone dans la matière organique des sols mondiaux, soit plus de deux fois le carbone du CO2 atmosphérique.
Le rapport de l’OPECST « De la biomasse à la bioéconomie : une stratégie pour la France »(1) appelait en 2015 une poursuite des investigations sur la question des relations entre sols et carbone, et tout particulièrement sur les enjeux du stockage de carbone dans les sols.

Stocker plus de carbone dans les sols présente un intérêt pour compenser les émissions anthropiques de CO2 face au réchauffement climatique et pour la sécurité alimentaire car la présence accrue de matière organique améliore la
structure physico-chimique du sol, sa résistance à l’érosion et sa fertilité, donc le rendement des cultures. L’amélioration des connaissances scientifiques sur le stockage du carbone dans les sols, en particulier sur l’âge du carbone stocké et les cycles biogéochimiques à différentes échelles de temps et d’espace, reste nécessaire.

Le GIS Sol, de l’acquisition d’échantillons à la construction d’indicateurs opérationnels de qualité des sols

Différentes instances internationales, européennes, nationales et territoriales se préoccupent de la protection et de la restauration des sols. On compte ainsi sur les expertises de l’INRA et du programme « GESSOL » (« GEStion du patrimoine SOL ») et sur les inventaires du centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA), qui comptabilise les sources et les puits de GES, ainsi que du système d’information sur les sols et du réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS) du « GisSol » (groupement d’intérêt scientifique sur les sols)

À ces fins, une meilleure connaissance des sols et un suivi dans le temps de leur qualité sont indispensables. L’action du GIS Sol s’inscrit dans cet objectif depuis 2001, agissant pour l’acquisition d’échantillons de sols (75 000 sont dans le Conservatoire des sols), de données sur les propriétés des sols, et progressivement, dans une construction d’indicateurs opérationnels de la qualité des sols en appui aux politiques publiques et aux acteurs privés.

Les jeux de données sur les sols sont de plus en plus sollicités sur le site du GIS Sol : plus de 7 000 téléchargements de 15 jeux de données, presque 1 million de vues de 159 cartes en 2020. Ces résultats ont été possible grâce à des programmes de recherche solides, à de multiples partenariats, et à un énorme travail de terrain. La carte des sols du GIS qui fait référence dans la connaissance et la gestion durable des sols a été intégrée au Géoportail.

En cohérence avec la nouvelle mission européenne « Prendre soin du sol, c’est prendre soin de la vie » et le lancement du nouvel observatoire européen des Sols avec lequel le GIS Sol interagit, la journée a permis :

1. de faire le bilan des données et échantillons rassemblés par le GIS Sol et de leur utilité pour servir de nombreux objectifs :

  • agricoles : délimitation des zones défavorisées et projets alimentaires territoriaux dans le cadre de la Politique Agricole Commune ;
  • forestiers : développement de la filière
  • environnementaux : protection de la biodiversité des sols, préservation de la qualité des eaux, et préservation des zones humides
  • changement climatique : stockage de carbone organique dans les sols et émissions de gaz à effet de serre
  • sanitaires : contamination des milieux
  • aménagement du territoire : qualité du foncier et artificialisation des terres.

2. de tracer des perspectives ouvertes par les nouvelles technologies (capteurs, modèles, télédétection), et le recours aux sciences participatives (données acquises avec ou grâce à la participation de non experts du sol).

Le GIS Sol a présenté les résultats d’une enquête ouverte à tous sur les besoins en données sur les sols. La journée a permis d’officialiser le lancement du SOLathon, un concours de création d’outils numériques pour enrichir l’enregistrement, la diffusion des données sur les sols. Les résultats de ce concours qui réunit 7 candidats projets seront connus mi-juin 2022

Les sols sont un écosystème en soi, un milieu vivant. Protéger les sols, c’est veiller à l’équilibre des autres écosystèmes auxquels ils fournissent ressources et support. Les travaux du GIS Sol sont donc essentiels à l’échelle de la France et au-delà en Europe. Nous n’en sommes encore qu’au début

Barbara Pompili

Les travaux du Gis Sol sont conduits autour de 4 grands programmes complémentaires : l’Inventaire, Gestion et Conservation des Sols (IGCS), le Réseau de Mesures de la Qualité des Sols (RMQS), la Base de Données des Analyses de Terre (BDAT) et la collecte nationale d’analyse des Éléments Traces Métalliques (BDETM).

La liste des cartes disponibles se compose ainsi :

Diversité et propriétés des sols de France

Diversité des sols de France

La diversité des sols forestiers et des humus

Propriétés des sols de France

Les éléments majeurs totaux des sols

La pierrosité des sols

Les carbonates dans les sols

Carbone et matières organiques des sols

La biodiversité des sols

Minéralogie des sols

Texture des sols

Profondeur des sols

Les dégradations et pertes en sols

Les pertes en sol

Erosion des sols

Contamination en éléments traces métalliques (ETM)

Les pathogènes dans les sols

Les polluants organiques persistants et les pesticides

Artificialisation et imperméabilisation des sols

Tassement des sols

Les sols et le cycle de l’eau

Réserve utile en eau des sols

L’eau dans les sols

Le phosphore dans les sols

Réserve utile en eau des sols

Les sols face au changement climatique

Les sols dans l’adaptation au changement climatique

Sol et émissions de gaz à effet de serre

Carbone et matières organiques des sols

Les sols supports de la productivité agricole et forestière

Réserve utile en eau des sols

Les sols forestiers

Tassement des sols

Fertilité chimique des sols

Profondeur et charge en cailloux des sols forestiers

Source: Ministère de la Transition Ecologique, GIS SOl, Sénat