La Banque Centrale européenne (BCE) et le Comité Européen du risque systémique (CERS) ont publié cette semaine un rapport conjoint sur les conséquences possibles des chocs climatiques sur le système financier européen. Il en ressort que les risques climatiques peuvent se propager rapidement et nuire aux entreprises comme aux banques. Le rapport apporte des preuves supplémentaires de la nature systémique des risques climatiques et pose les fondements d’une réponse de politique macro-prudentielle.

Les chocs climatiques peuvent compromettre la stabilité financière

Le rapport identifie plusieurs facteurs d’amplification du risque climatique dans l’ensemble du système financier. Les risques liés à la transition peuvent être amplifiés en raison des liens économiques et financiers entre les banques et les entreprises et au sein de ces deux secteurs. Par exemple, une forte hausse des prix du carbone pourrait accroître la probabilité que le défaut d’une entreprise entraîne celui d’une autre entreprise. Bien que cela concerne surtout les entreprises à haute empreinte carbone, leurs contreparties à plus faible intensité de carbone pourraient également être touchées.

Dans le même temps, des catastrophes naturelles interdépendantes, tels que les sècheresses, les canicules et les incendies, sont susceptibles d’amplifier le risque physique lié au climat, car elles peuvent se combiner et s’aggraver. La dynamique de marché peut également étendre l’impact financier des risques physiques. Par exemple, un choc climatique pourrait conduire à une réévaluation soudaine de la valorisation du risque lié au climat, entraînant ainsi des ventes massives, au cours desquelles les institutions financières, en particulier celles ayant des portefeuilles communs, cèdent rapidement un grand nombre d’actifs exposés au même moment et à prix cassés.

Les chocs climatiques peuvent compromettre la stabilité financière

L’analyse des scénarios laisse penser que les risques climatiques pourraient se matérialiser dans le système financier selon un ordre précis: Premièrement, des chocs climatiques imprévus pourraient avoir un impact brutal sur les prix de marché, touchant d’abord les portefeuilles des fonds d’investissement, des fonds de pension et des sociétés d’assurance. Deuxièmement, cette réévaluation soudaine pourrait provoquer des défaillances d’entreprises, entraînant des pertes pour les banques exposées.

Des répercussions sur la Zone Euro

La BCE, qui supervise les plus grandes banques de la zone euro (19 pays), soutient depuis des années que le changement climatique est un risque majeur et a poussé les créanciers à reconnaître et à réduire leurs expositions, mais sans grand succès jusqu’à présent.

“Aucune réduction significative de l’intensité des émissions dans les portefeuilles de prêts des banques de la zone euro n’a eu lieu ces dernières années. Parmi les banques, “les expositions aux pertes liées au climat restent également concentrées (…), avec plus de 20 % des pertes potentielles résidant dans les avoirs de 5 % des banques de la zone euro.”

Rapport BCE

Les chocs climatiques auront un impact brutal sur les prix du marché, frappant d’abord les portefeuilles des fonds d’investissement, des fonds de pension et des compagnies d’assurance, selon le rapport. Cette réévaluation soudaine des prix entraînera ensuite des défauts de paiement et des pertes pour les créanciers.

Dans un scénario de transition désordonnée, marqué par une augmentation immédiate et significative des prix du carbone, les pertes de marché des assureurs et des fonds d’investissement pourraient à court terme potentiellement représenter 3% et 25% respectivement des actifs soumis à des tests de résistance.

Une transition ordonnée vers la neutralité carbone d’ici 2050 permettrait d’amortir de tels chocs et d’en atténuer les retombées sur les entreprises et les banques, en réduisant la probabilité de défaut des entreprises d’environ 13% à 20% en 2050 par rapport aux politiques actuelles. Cela permettrait également de réduire les pertes de crédit pour les banques.

Ces dynamiques de marché pourraient ensuite s’amplifier, car un risque climatique pourrait rapidement réduire la valeur des actifs et entraîner des ventes de feu. Les institutions financières se débarrasseraient d’un grand nombre d’actifs exposés à des prix en détresse, ce qui entraînerait une spirale à la baisse des valorisations.

Le rapport évalue la portée des politiques macro-prudentielles comme partie intégrante d’une réponse de politique économique plus large pour faire face à l’impact financier du changement climatique. Il préconise l’adaptation des instruments existants, notamment les coussins contre le risque systémique ou les seuils de concentration. Ces mesures pourraient compléter les efforts menés au niveau micro-prudentiel, tels que le programme de surveillance climatique de la BCE qui comprend l’examen
thématique en cours des risques climatiques et le test de résistance 2022 sur les risques liés au climat.

Le rapport se base sur deux précédents rapports de la BCE et du CERS sur le risque climatique1. Il s’inscrit dans le cadre du programme d’action pour le climat de la BCE qui détaille l’ensemble de nos travaux en cours sur le climat, notamment les efforts pour améliorer l’évaluation des risques climatiques. Ces travaux comprennent une mise à jour du test de résistance 2021 sur les risques climatiques à l’échelle de l’économie ainsi que le suivi continu du risque climatique au sein du système financier.

Source: BCE

les chocs climatiques peuvent compromettre la stabilité financière selon le rapport de la BCE et du CERS

1 Cf. « Climate-related risk and financial stability », BCE/CERS, juillet 2021, et « Positively green: Measuring climate change risks to financial stability », BCE/CERS, juin 2020.