Les enjeux du Cloud européen selon KPMG

Le Cloud européen, un marché de plus de 300 milliards d’euros à l’horizon 2027-2030 selon le dernier Livre blanc de KPMG, dont la moitié du potentiel pourrait échapper à l’Europe.


KPMG France, a été mandaté par plusieurs acteurs majeurs du secteur dont InfraNum, Talan, OVHcloud et Linkt, afin d’analyser les enjeux du cloud Européen dans les années à venir et de proposer dans son Livre blanc, cinq scénarios de développement à l’horizon 2027.

L’analyse de KPMG indique qu’en Europe, le marché du cloud computing (organisé autour trois types de services : Software-as-a-Service, Platform-as-a-Service, Infrastructure-as-a-Service) a enregistré une croissance de 27 % par an entre 2017 et 2019. Il est estimé à 53 milliards d’euros en 2020 et devrait atteindre 300 à 500 milliards d’euros d’ici 2027-2030.

La pandémie de la Covid-19 a encore accéléré le recours aux services du cloud, qui a démontré son rôle stratégique en tant qu’infrastructure vitale et facteur de résilience. 82% des décideurs interrogés ont augmenté leur utilisation du cloud en réponse directe à la pandémie.

Le marché du cloud européen est dominé par trois acteurs majeurs (les “hyperscalers”), qui captent, sur le IaaS, 70 % de la part de marché : Amazon avec AWS (53 %), Microsoft avec Azure (9 %) et Google Cloud (8 %). Cependant, les spécialistes du cloud et les opérateurs télécoms européens gagnent progressivement de l’importance sur leurs marchés nationaux. Ainsi OVHcloud et Deutsche Telekom se classent troisième et quatrième dans leur pays sur les marchés infrastructures et plates-formes.

Une migration indispensable mais contraignante

La migration des entreprises et des organisations vers le cloud est portée par des logiques d’optimisation opérationnelle et financière. Les principaux motifs de recours au cloud répertoriés par le Livre blanc sont :

  • La variabilisation des coûts ;
  • La flexibilité dans l’utilisation des capacités ;
  • La collaboration entre les équipes et l’échange de données sécurisées ;
  • L’agilité et la fluidité du déploiement ;
  • La sécurité et la résilience ;
  • L’agilité de déploiement des activités stratégiques.

Pour les décideurs, la conformité à la RGPD et la souveraineté des données sont des critères de choix importants dans la sélection d’un fournisseur de services cloud.

L’épineuse question de la souveraineté des données

Depuis 2016, plusieurs réglementations sur les données ont été mises en œuvre aux États-Unis et dans l’UE (RGPD, US-EU Privacy Shield, Cloud Act), visant à établir un cadre juridique strict concernant les flux de données ; mais l’invalidation du Privacy Shield par la Cour de justice de l’UE en 2020 a mis en évidence la profonde incompatibilité des réglementations américaines avec les principes du RGPD, qui semblent irréconciliables.

En conséquence, les entreprises transférant des données à caractère personnel d’européens sur des serveurs d’entreprises non-européennes (même si elles sont établies en Europe) n’ont dans la plupart des cas, plus de base juridique fiable pour le faire, et s’exposent à des risques juridiques mais aussi industriels, sachant que les prestataires cloud globaux ont souvent accès à leurs données confidentielles et à leur propriété intellectuelle. Cette situation soulève des inquiétudes et comporte des risques financiers et opérationnels qui dépassent les seuls enjeux des directions techniques et tendent à devenir une part intégrante de la gouvernance des entreprises.

La souveraineté des données européennes se fonde sur la combinaison de huit critères, qui sont à considérer comme un « tout », afin d’assurer une parfaite conformité et une complète prévention des risques. Il est probable que dans les années à venir, la souveraineté des données va constituer un enjeu commercial du fait des attentes croissantes des consommateurs européens en la matière.

Cinq scénarios pour le marché européen du Cloud

Dans ce contexte, la situation du marché européen du cloud doit évoluer, et cette évolution pourrait suivre un certain nombre de scénarios. Le Livre blanc de KPMG en a identifié cinq :

  • Le cloud comme bien commun, avec une interopérabilité volontaire accrue entre les services de cloud, voire une fédération des acteurs autour d’écosystèmes cloud sectoriels communs.
  • La montée en puissance des acteurs européens, permise par l’émergence de nouveaux segments de marché ; edge computing, développement de l’intelligence artificielle, notamment dans le secteur industriel ; offres souveraines, etc…
  • L’instauration d’une puissante vague réglementaire, notamment avec la création d’une Autorité de régulation du cloud, une réglementation plus stricte des pratiques commerciales, une interopérabilité forcée entre les opérateurs imposée par le régulateur et une réglementation accrue de l’innovation basée ou dérivée du cloud.
  • Une européanisation des opérations des grands acteurs non-européens du cloud, soumis à des réglementations assurant à l’Europe une création de valeur effective régionalement, et un respect strict des réglementations européennes.
  • Une séparation fonctionnelle ou structurelle des activités cloud des autres activités des opérateurs de cloud, avec notamment la création d’entités légales distinctes, dans la logique des appels au discussions actuelles sur les Big Tech aux États-Unis.

Ce Livre blanc montre que l’avenir du cloud européen pourrait être la combinaison de plusieurs de ces scénarios à des horizons variés. A défaut de changements significatifs par rapport à la situation actuelle, si la domination des “hyperscalers” venait à se renforcer, l’Europe pourrait perdre de 20 à 50 % de l’impact économique estimé du marché du cloud computing.

Le Livre blanc peut être demandé sur le lien suivant

Source: KPMG

Auteur de l’article : Wealth Monaco