Dans quelle mesure les femmes sont-elles actives en tant qu’investisseuses ? Et investissent-elles leur argent différemment des hommes ?

Ces derniers mois, la Commission européenne a mené une série d’entretiens sur le thème « Les femmes dans le secteur de la finance ». Un des points de vue fréquemment exprimé est qu’il y a encore trop peu de femmes dans le monde des services financiers. Bien que des progrès aient été enregistrés ces dernières années et qu’un certain nombre de femmes figurent désormais parmi les principaux décideurs, le secteur des services financiers reste globalement dominé par les hommes, en particulier aux postes de direction. Mais qu’en est-il des femmes en tant qu’investisseuses ? Que font les femmes avec leur argent ? Dans quelle mesure sont-elles actives sur les marchés des capitaux ? Et les femmes investissent-elles de manière différente des hommes ?

Potentiel inexploité

On estime que les femmes possèdent 40% à 45% de la richesse en Europe. Toutefois, bien qu’elles détiennent près de la moitié de la richesse, elles sont beaucoup moins susceptibles d’investir que les hommes. Selon « Winning with Women », un rapport de Kantar Group, une société d’études et de conseil, seules 26% des femmes se décrivent comme des « investisseurs », contre 37% pour les hommes. En outre, les femmes qui épargnent sont plus de deux fois plus nombreuses que celles qui investissent. Cela représente une perte réelle, car l’économie a besoin des investissements que les femmes pourraient réaliser.

Pourquoi les femmes sont-elles donc moins enclines à investir ? Une des raisons est le stéréotype général qui entoure l’investissement, qui est toujours considéré comme un domaine plus masculin. Ce biais est encore plus marqué dans le domaine des cryptomonnaies, où les investisseurs sont majoritairement des hommes et où la mentalité plus traditionnellement masculine de « s’enrichir rapidement » prévaut. À cela s’ajoute un problème mis en évidence par la commissaire Mairead McGuinness, lors de son entretien pour la série « Les femmes dans le secteur de la finance », qui est celui du jargon. En raison du manque de compétences et de connaissances financières, le jargon du secteur peut rebuter de nombreuses femmes, qui hésitent davantage à investir leur argent dans les instruments financiers et sur les marchés financiers.   

Confiance en soi

Mais les compétences et les connaissances s’acquièrent et le jargon s’apprend. Et cela nous amène à l’un des autres facteurs majeurs, qui est la confiance. En effet, même lorsque les femmes possèdent les compétences et les connaissances nécessaires, elles ne s’y fient pas toujours. Le rapport de Kantar montre que même si les femmes se font presque autant confiance que les hommes pour gérer les finances quotidiennes à court terme, lorsqu’il s’agit des finances à long terme, elles sont 46% à avoir confiance en elles contre 56% pour les hommes. Parallèlement, une étude de 2021 du GFLEC (Global Financial Literacy Excellence Center) intitulée « Fearless Woman – Financial Literacy and Stock Market Participation » révèle qu’un tiers de l’écart de connaissances financières entre les hommes et les femmes résulte en réalité d’un manque de confiance, plutôt que d’un véritable déficit de connaissances. Ainsi, les expériences ont montré que les femmes ont tendance à répondre de manière disproportionnée « je ne sais pas » aux questions évaluant les connaissances financières, mais que lorsque cette option n’est pas disponible, elles choisissent souvent la bonne réponse.

Comment les femmes investissent-elles ?

Par rapport aux hommes, les femmes ont tendance à conserver une plus grande part de leur richesse en espèces, en biens immobiliers ou en autres biens matériels. Et lorsqu’elles choisissent de se tourner vers les marchés des capitaux, les études montrent que les femmes investissent différemment des hommes, en prenant généralement moins de risques. Par conséquent, les femmes optent principalement pour des actifs plus prudents et moins risqués et n’ont souvent pas suffisamment d’actions dans leurs portefeuilles d’investissement. Cela les désavantage nettement pour faire fructifier leur capital dans le temps.

Mais certains comportements des femmes en matière d’investissement présentent des avantages lorsqu’il s’agit d’atteindre des objectifs financiers à long terme. Les femmes sont moins susceptibles de s’engager dans des activités de négociation fréquentes et ont tendance à investir à plus long terme.

Enfin, les femmes s’intéressent particulièrement aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et à l’« investissement d’impact », c’est-à-dire les investissements réalisés dans l’intention de produire des effets sociaux ou environnementaux bénéfiques en plus des gains financiers.

Gestion d’entreprises

Ce qui pourrait contribuer à accroître le nombre d’investisseuses serait de disposer d’un plus grand nombre de PME et d’entreprises dirigées par des femmes. Les chiffres d’Eurostat de 2018 montrent que les femmes en Europe sont deux fois moins susceptibles que les hommes d’exercer une activité indépendante. Cette disparité est encore plus marquée dans le secteur des technologies financières: seuls 12% des fondateurs de sociétés de technologies financières dans le monde sont des femmes, et seulement 6% de ces sociétés ont des PDG femmes. Cette sous-représentation des femmes aux postes de direction signifie qu’il y a à la fois moins d’investissements dans les entreprises dirigées par des femmes et des choix d’investissement moins attrayants pour les femmes. Ainsi, s’il y avait plus de femmes dans les équipes de développement de produits des start-up de services financiers, il y aurait probablement davantage de produits adaptés aux femmes.

Aller de l’avant…

Il n’y a pas si longtemps, dans les années 1970, les femmes dans certains pays européens n’étaient pas autorisées à ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari ou de leur père. Nous avons manifestement parcouru un long chemin depuis. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire pour que davantage de femmes participent au secteur des services financiers, en tant qu’investisseuses, décideuses, clientes, propriétaires d’entreprises et entrepreneuses.

La Commission a pris un certain nombre d’initiatives portant, entre autres, sur l’inclusion et la diversité dans le secteur des services financiers. Ces initiatives devraient profiter aux femmes et contribuer à équilibrer leur participation aux services financiers.

Les femmes et la finance

Source: CE