Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), organisme indépendant du gouvernement du Canada dont le but est de rehausser la sûreté et la solidité du système financier canadien, entend prendre des mesures pour s’assurer que les institutions financières du pays ont une capacité suffisante – sous forme de réserves (notamment de fonds propres) pour faire face au risque climatique.

Gestion risque systémique

Allocution de Peter Routledge, surintendant

“Nous sommes aujourd’hui confrontés à un environnement de risque caractérisé par de grandes incertitudes – le risque climatique, la numérisation, des risques invisibles au-delà de l’horizon – capables de bouleverser la résilience extraordinaire qui a défini le système financier canadien.

Parmi ces incertitudes, et non la moindre, comme en font foi les récents événements, la pandémie de COVID‑19 avec laquelle nous sommes encore aux prises avec le variant Omicron.

Pour maintenir cette résilience durement acquise, le BSIF doit s’adapter à ces grandes incertitudes, ce qui nous oblige à accorder une attention généralisée mais intense au risque systémique. En termes simples, nous ne pouvons renforcer efficacement la résilience du système financier canadien si nous nous appuyons uniquement sur une approche ascendante, institution par institution, pour réglementer le système financier. Le BSIF transformera donc son approche à l’égard de son mandat et accroître la confiance du public envers le système financier canadien orientera désormais tout ce que nous faisons.

Gestion risque systémique

Quelle forme cette transformation de l’approche du BSIF prendra‑t‑elle?

Plutôt que d’offrir une réponse générale à cette question, je donnerai mon point de vue sur quatre grands enjeux qui figurent au programme du BSIF :

  1. le dividende pour la relance du Canada;
  2. le crédit des ménages et le marché du logement;
  3. le risque climatique;
  4. la numérisation.

Risque climatique

L’appréciation du risque climatique par les participants au marché s’est considérablement intensifiée au fil de 2021. Par « risque climatique », je fais référence au risque physique associé aux changements climatiques et au risque de transition qui accompagne la progression de l’économie mondiale vers des émissions nettes nulles de gaz à effet de serre d’ici 2050, une initiative appelée Net zéro d’ici 2050.

Comment le BSIF s’adaptera-t-il en 2022 et au-delà à l’appréciation croissante du risque climatique?

Notre priorité, qui découle de notre mandat, est d’assurer la résilience du système financier canadien, quelle que soit la voie empruntée par la communauté internationale dans sa poursuite de l’objectif Net zéro d’ici 2050.

Nous ferons tout notre possible pour que notre système financier puisse résister à l’incidence et à la gravité croissantes des événements climatiques qui surviendront au cours de la présente décennie et de la prochaine. Heureusement, le secteur de l’assurance – celui qui est le plus exposé au risque climatique physique à court terme – progresse bien, à mon avis.

Mais nous devrons poser des questions difficiles aux entités que nous surveillons pour nous assurer qu’ils ont la capacité suffisante – sous forme de réserves (notamment de fonds propres) et de disciplines de gestion du risque – pour composer avec un risque climatique physique qui s’intensifie.

Le BSIF a un rôle particulier à jouer en ce qui concerne le risque de transition, soit le risque associé à la transformation des économies mondiales et régionales afin de réduire la dépendance aux sources d’énergie émettrices de gaz à effet de serre.

Collectivement, les nations du monde choisiront une voie vers Net zéro d’ici 2050. La communauté internationale pourrait choisir de commencer dès maintenant et suivre un parcours de 30 ans. Elle pourrait aussi commencer dans les années 2030 et emprunter une voie plus risquée et accélérée vers Net zéro d’ici 2050.

En clair, il vaut bien mieux pour le système financier canadien que la communauté internationale opte pour une trajectoire de 30 ans plutôt que de 20 ans. Plus la transition vers le Net zéro d’ici 2050 est courte, plus elle sera volatile et plus le risque de volatilité du système financier du Canada sera grand.

Or, la voie que suit la communauté internationale échappe au contrôle du Canada, et certainement à celui du BSIF.

Gestion risque systémique

Notre travail consiste à faire en sorte que le système financier canadien demeure résilient, peu importe la voie choisie. Cela signifie que nous devons créer des conditions préalables dans notre secteur réglementé afin que le système financier canadien demeure résilient même si le monde choisit une voie tardive, mais au bout du compte accélérée, vers le Net zéro d’ici 2050.

Nous prendrons donc des mesures au cours de cette décennie pour favoriser une gestion mature du risque climatique et assurer une accumulation appropriée de fonds propres pour maintenir la résilience du système financier dans les années 2030. Notre surveillance de la gestion du risque climatique récompensera une gestion améliorée et plus mature de ce risque et pénalisera à terme les pratiques médiocres ou inadéquates de gestion de ce risque.

Mais surtout, le BSIF s’attend à ce que les institutions financières fédérales ajoutent à leurs réserves de fonds propres au cours des années 2020 pour pouvoir traverser une période de transition accélérée et volatile au cours des années 2030, si ce scénario devait se concrétiser.

Voilà pourquoi, au BSIF, nous sommes d’avis que le risque climatique n’est pas un défi des années 2030 ou 2040, mais bien un défi auquel il faut s’attaquer sans tarder.

En terminant, j’aimerais revenir sur l’approche peaufinée du BSIF à l’égard de son mandat. L’objectif et la raison d’être du BSIF demeurent de préserver et de renforcer la résilience du système financier canadien. Dans l’environnement de risque dans lequel nous évoluons actuellement, nous devons, à cette fin, transformer notre approche et notre institution. Nous avons amorcé cette transformation et elle s’accélérera en 2022.

Cela signifie que nous conserverons et améliorerons continuellement nos compétences en matière de surveillance, qui ont produit des résultats exceptionnels depuis notre création en 1987.

Cela signifie également que nous harmoniserons nos contributions à l’élaboration des politiques publiques du secteur financier de manière à tenir compte des risques existentiels auxquels nous sommes confrontés et à respecter les limites des pouvoirs que le Parlement nous a délégués, au BSIF.”

Source: BSIF – Conférence des premiers dirigeants des banques canadiennes de RBC Marchés des Capitaux

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