Labyrinthe

L’ESG pris en étau entre Label, ONG, Agence de Notation et Indice Boursier

Les méthodologies pour mesurer la durabilité des entreprises s’élargissent et évoluent avec une grande rapidité. Comment, en effet, passer en tant qu’investisseur à côté des critères ESG et des émissions générées par une entreprise? Mais si, au-delà d’une prise de conscience collective, c’était désormais la valorisation même des entreprises qui était impactée par ces émissions carbone?


Alors que fin Mars, l’Euronext avait annoncé la création d’un nouvel indice CAC 40 ESG composé de 40 sociétés cotées à la Bourse de Paris (dont BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale pour ne citer que les établissements financiers), sélectionnées par Vigeo Eiris en s’appuyant sur le label ISR, l’ONG Oxfam sort son rapport intitulé « CAC degrés de trop : le modèle insoutenable des grandes entreprises françaises » qui révèle que, malgré les engagements des entreprises, le niveau d’émissions du CAC40 conduit à un réchauffement climatique de +3,5°C d’ici 2100, une température bien au-delà de l’objectif de 1,5°C inscrit dans l’Accord de Paris.

S’appuyant sur les données fournies par le cabinet Carbon4 Finance, Oxfam France dévoile l’intégralité de l’empreinte carbone des plus grandes entreprises françaises et leur trajectoire climatique, qui prend en compte leurs émissions actuelles et leurs engagements stratégiques.

Parmi les entreprises étudiées, 4 d’entre elles (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et TOTAL que l’on retrouve en majorité dans la sélection du CAC 40 ESG), ont une empreinte carbone supérieure à celle de la France.

L’étude révèle qu’en moyenne, pour 1.000 euros de chiffre d’affaires, l’empreinte carbone des entreprises du CAC40 s’élève à 4,1 tonnes de CO2eq, soit l’équivalent des émissions générées pour un aller-retour Paris-Sydney en avion.

Bien qu’aucun secteur d’activité ne soit aligné avec l’Accord de Paris, des disparités existent et sur les 35 entreprises analysées, seules 3 (EDF, Schneider Electric et Legrand) ont des engagements susceptibles de les maintenir dans une trajectoire compatible avec un réchauffement inférieur à 2°C, et 6 entreprises (dont Saint Gobain, Michelin, Engie et Vallourec) sont dotées d’une stratégie de réduction de leurs émissions globales.

Et 22 entreprises ont une trajectoire associée à un réchauffement entre 2°C et 4°C et 10 entreprises (dont les banques, Total, TechnipFMC et Dassault Aviation) sont sur une trajectoire climatique supérieure à +4°C.

Selon l’Oxfam, les engagements pris dans la lutte contre le changement climatique sont très insuffisants et trop peu des entreprises n’intègrent encore dans leurs budgets les capitaux nécessaires pour entamer leur transition écologique de peur que ces investissements n’effraient les actionnaires. Or, dans une interview donnée à Novethic, Vincent Auriac, fondateur du cabinet Axylia explique que la valorisation d’une entreprise doit être ajustée au prix du carbone ; ainsi, l’action Danone selon la méthodologie du cabinet, aurait progressé de 48 % en trois ans.

“Si on ne regarde pas seulement les indicateurs classiques, et si on élargit notre champ de vision, on se rend compte que les efforts générés par une stratégie orientée sur la transition durable sont payants”.

Vincent Auriac, fondateur du cabinet Axylia

Intégrer le coût des émissions carbone pour évaluer la valorisation d’une entreprise est une première étape qui emboîte le pas du calcul des coûts des externalités positives et négatives, de la valeur ajoutée du capital social, du risque réputationnel et de tous ces critères “extra-financiers” que la finance peine à prendre en considération dans ses indices, ses scorings et ses P&Ls.

Alors, indices ESG, agences de notation, labels, ONGs? La question reste entière : à qui se fier ? Et face à ces distorsions de chiffres et de résultats, l’investisseur a-t-il meilleure alternative que de rester vigilant et d’internaliser sa propre méthodologie ?  

Le rapport de l’Oxfam peut être consulté dans son intégralité ici et la méthodologie en anglais de Carbon4 ici

Article: Joana Foglia

Auteur de l’article : Wealth Monaco