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L’Euthanasie des Rentiers

Un investisseur tiraillé entre des rendements plus frugaux et des risques à foison : telle est la vision que nous propose Sébastien Cavernes, Chief Investment Officier, chez Edmond de Rothschild Monaco dans la dernière lettre d’investissement de l’établissement bancaire basé en Principauté.

« La perte des deux fonctions principales des obligations d’État dans les pays développés devient un immense défi à la construction d’un portefeuille diversifié traditionnel (actions/obligations). Malheureusement et dans tous les cas, la perte de fonction des bons du Trésor entraine un choix déceptif pour l’épargnant. Ce dernier devra arbitrer entre :

  1. Réduire ses attentes de rendement à long terme de son épargne ;
  2. Augmenter les risques de son portefeuille s’il souhaite atteindre le même potentiel de rentabilité ;
  3. Une combinaison des deux premiers points. »

Ayant désormais perdu le confort rassurant des obligations d’état, Sébastien Cavernes suggère aux investisseurs de regarder du côté des obligations d’entreprises même si celles-ci ne sont pas vouées à jouer le rôle des obligations d’état.

L’autre alternative serait d’investir dans les obligations souveraines des pays émergents qui « constituent un support d’investissement crédible et opportun pour rémunérer l’épargne, même si elle ne protègera pas les porteurs en cas de contraction de l’activité économique. »

Si l’on en croit les différents rapports des banques américaines*, la combinaison des obligations d’entreprises et d’investissement dans les pays émergents offrirait ces derniers mois une performance des marchés supérieur à la dette souveraine. Ainsi les entreprises émergentes ont été les premières à réaliser un rendement de 2,75% entre Mars et Septembre 2020, contre 2,32% pour les dettes souveraines.

Plus conventionnel sans doute, les investisseurs ont bien sûr la possibilité d’augmenter le poids des actions dans leur portefeuille. Sébastien Cavernes suggère alors de sélectionner « les entreprises faiblement endettées, présentes dans le monde entier et bénéficiant d’un avantage compétitif durable, font partie de ces sociétés dont le cours de bourse demeure structurellement moins volatil que le reste de la côte ».

Pour les investisseurs visant la performance et le moins d’exposition au risque possible, il reste les actifs réels dont « l’intégration ou l’augmentation dans les portefeuilles est la voie la plus appropriée à la protection et la croissance de l’épargne dans le temps », selon Sébastien Cavernes.

L’or a notamment été l’actif le plus performant depuis le début de cette année 2020, dépassant même les obligations américaines de 17%**

La transformation qui s’opère pour les investisseurs, amplifiée par la crise sanitaire, exige de chacun à s’adapter de la meilleure manière possible. Les institutionnels comme les investisseurs privés, autrefois rassurés par des obligations souveraines, devront explorer d’autres alternatives sans doute plus audacieuses. Certains choisirons peut-être la dette des pays émergents, d’autres des placements en actifs réels ou des crypto-actifs, mais une chose est sûre, quelque soit leur choix, la période s’apparente à une « euthanasie des rentiers ».

La formule est de Keynes, et la vision d’un monde a taux zéro de Vivien Lévy-Garboua, ancien membre du comité exécutif de BNP Paribas et professeur au département d’économie de Sciences Po ,nous invite à comprendre cette transformation.

“Keynes présentait les “taux zéro” comme l’arme de l’euthanasie du rentier. Mais nous vivons aussi la disparition des banques, celle, plus rapide encore s’ils ne changent pas de modèle, des assureurs-vie, l’instabilité chronique des marchés financiers, la douloureuse mutation des Banques centrales … bref, l’explosion d’un système financier que l’on tente pourtant de reconstruire depuis la crise financière de 2007-2008 à coup de règles et de normes.

Et face à cela, des États surendettés rêvent d’échapper aux contraintes en empruntant sans douleur, des entreprises peuvent réinvestir dans des projets, des jeunes vont enfin créer leur entreprise, des épargnants moins jeunes sont forcés de prendre des risques dont ils ne voulaient pas quand le monde semblait calme ».

Vivien Lévy-Garboua – Le Monde à Taux Zéro

* Source: J.P. Morgan, 30 septembre 2020 – Performances de la dette émergente depuis le début de l’année

** selon The Measure of a Plan – Nov 2020

Article: Joana Foglia

Auteur de l’article : Wealth Monaco