L'heure de la finance verte

L’heure de la finance verte

Les institutions financières minorent leur déclarations d’émissions de GES et sous-estiment les risques climatiques selon la dernière enquête du CDP – L’heure de la finance verte.


Minorer les déclarations d’émissions de GES

Les émissions de GES associées aux activités d’investissement, de prêt et de souscription d’assurance des institutions financières sont en moyenne plus de 700 fois supérieures à leurs émissions directes, selon le dernier rapport du CDPL’heure de la finance verte. L’enquête montre que presque tous les impacts et risques liés au climat des institutions financières mondiales proviennent du financement de l’économie au sens large. Cependant, seulement 25% des 332 institutions financières qui ont répondu au questionnaire du CDP sur le changement climatique ont divulgué les émissions de leurs portefeuilles.

Les 84 organisations qui ont divulgué l’impact de leurs portefeuilles comprennent le Groupe AXA, BNP Paribas, BNY Mellon, HSBC Holdings plc, Legal & General et Nomura Holdings et représentent 27.000 milliards de dollars d’AuM. Parmi celles-ci, peu d’institutions sont nommées pour leurs bonnes pratiques, comme c’est le cas d’Allianz SE pour la gouvernance des questions liées au climat, et ABN AMRO pour la mesure et la divulgation des émissions de leur portefeuille ; en revanche plus de la moitié de ces 84 organisations ont inclu moins de 50% de leurs portefeuilles dans leur déclaration sur les émissions financées.

Compte tenu de la dynamique croissante des institutions financières annonçant des objectifs de neutralité carbone, L’heure de la finance verte, indique clairement que le secteur doit prendre des mesures supplémentaires pour aligner les portefeuilles sur une économie neutre en carbone. Moins de la moitié des banques (45%), des investisseurs institutionnels (48%) et des gestionnaires d’actifs (46%) déclarent prendre des mesures pour aligner leurs investissements sur un objectif bien inférieur à 2 degrés Celsius, et seulement 27% des assureurs le font pour leurs souscriptions.. Ces mesures pourraient être par exemple, de se fixer des objectifs de réduction des émissions, par le biais d’un engagement avec les entreprises financées ou de l’investissement dans les énergies renouvelables.

Sous-estimer les Risques Climat

En plus de minorer les émissions de leurs portefeuilles, les institutions financières sous-estiment également les risques liés au climat. Les institutions financières identifient plus souvent les risques opérationnels directs liés au climat, tels que les dommages physiques liés à leurs opérations (41%), cependant, la grande majorité ne déclarent pas encore les risques de crédit (65%), tels que le défaut de remboursement des emprunteurs et les risques de marché (74%), comme les actifs échoués ou la dévaluation du prix des actifs financiers.

Pourtant, ces risques de crédit et de marché ont un impact financier potentiel beaucoup plus élevé (plus de 1.000 milliards de dollars combinés contre seulement 34 milliards de dollars pour les risques opérationnels signalés). Cela montre que de nombreuses institutions financières ne déclarent pas et / ou ne gèrent pas encore leurs risques climatiques dont ceux associés au financement.

À l’inverse, les institutions financières semblent se concentrer sur les opportunités de transition bas carbone. Ainsi 76% identifient des opportunités dans les produits de financement durable tels que les prêts liés au développement durable, les obligations vertes et de transition, les fonds d’investissement durables et les solutions d’assurance – d’une valeur estimée à 2,900 milliards de dollars.

La plupart des institutions financières font d’ailleurs état d’un suivi des questions liées au climat par leur conseil d’administration, même si celui-ci reste largement axé sur les opérations directes plutôt que sur les activités de financement. Cette tendance est particulièrement notable dans le secteur de l’assurance, où la surveillance au niveau du conseil d’administration ne couvre l’impact de la souscription sur le changement climatique que chez 31% des assureurs.

Les institutions financières doivent s’engager avec les portefeuilles et insister pour que les entreprises soient prêtes pour la transition vers la neutralité carbone ; en commençant par la mesure et la publication de leur impact environnemental. Moins de la moitié des investisseurs institutionnels 46%, et 50% des gestionnaires d’actifs ont déclaré un réel engagement, et le plus souvent au travers de leur droit de vote actionnarial. Les initiatives d’engagement collectif telles que la campagne de Non-Disclosure Campaign du CDP et la Science-Based Targets Campaign offrent aux investisseurs une avancée vers l’engagement actionnarial.

«Le secteur des services financiers est essentiel pour parvenir à un avenir neutre en carbone. La transition vers une économie réelle exige une quantité massive de capitaux destinés à décarboner l’économie et à renforcer la résilience, que seul le secteur financier peut faciliter et fournir. (…)

Pour les institutions financières qui ne mesurent pas actuellement leurs émissions financées, le message de ce rapport phare est clair: elles doivent commencer à le faire dès maintenant pour comprendre leur impact climatique global et les risques auxquels elles sont confrontées. Nous exhortons toutes les institutions financières à s’engager à décarboner leurs portefeuilles en fixant des objectifs de réduction des émissions, en alignant toutes leurs activités sur l’Accord de Paris et en divulguant l’impact de leurs activités de financement. »

Emily Kreps, Directrice monde des marchés de capitaux chez CDP


Le rapport du CDP analyse des données environnementales structurées et comparables de 332 institutions financières représentant 109 000 milliards de dollars d’actifs. Ces institutions ont répondu au 1er questionnaire du CDP en 2020 portant sur le changement climatique destiné au secteur des services financiers et aligné sur les recommandations de la TCFD.

Le rapport L’heure de la Finance verte est disponible ici

Source: CDP

Auteur de l’article : Wealth Monaco