Boussole

Préparez-Vous pour un Monde à Faible Rendement

Perspectives des marchés en 2021 par Jean-Damien Marie, co-responsable des investissements chez Barclays Private Bank.

L’épidémie de COVID-19 et la profonde contraction de la production économique qui en est la cause semblent devoir affecter les perspectives des principales classes d’actifs cette année et au-delà. Si de nombreux effets devraient être transitoires, certains des changements pourraient être structurels. Les vaccinations étant déployées dans une grande partie du monde, la rapidité de la reprise est une question clé pour les investisseurs.

Cette année sera probablement plus calme que 2020. Cependant, les incertitudes entourant les changements structurels à long terme peuvent maintenir une volatilité plus élevée qu’avant la pandémie. Cela dit, une analyse des perspectives des principales économies et classes d’actifs suggère que, avec des taux d’intérêt très bas et des valorisations d’actions hautes, les rendements totaux des classes d’actifs de base, comme les actions et les obligations, seront relativement faibles au cours des cinq prochaines années.

Les rendements attendus des obligations des marchés développés semblent plus faibles que ceux observés ces dernières années, en grande partie en raison des niveaux de rendement très bas observés dans de nombreux pays. La baisse des rendements pèse beaucoup sur la performance de la classe d’actifs. Par exemple, les rendements nominaux des emprunts d’état à 30 ans de la zone euro et de la Suisse sont négatifs. Ce qui signifie que les rendements attendus des obligations d’État et des obligations de bonne qualité – “investment grade” – sont négatifs.

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, notre analyse suggère que la performance restera positive, cependant les changements à la baisse observés récemment sur la courbe des taux ont comprimé ces performances en dessous de 1%. Les obligations européennes et américaines à haut rendement semblent offrir des rendements d’environ 2 à 4%. Cela dit, ajustés sur l’inflation, les rendements des obligations de qualité plus faible oscillent toujours à 1% au-dessus de zéro. Mais si l’inflation grimpe pendant une période prolongée, les rendements réalisés sur les actifs à revenu fixe pourraient être plus faibles.

Les actions peuvent avoir du mal à réaliser des gains substantiels compte tenu de leurs valorisations déjà élevées sur de nombreuses mesures. Malgré cela, les dividendes et les rachats nets d’actions devraient générer un revenu stable. Nous pensons que les actions des marchés développés pourraient offrir des rendements nominaux de 5 à 7% par an au cours des cinq prochaines années. Les marchés émergents peuvent offrir une prime de risque de 1 à 2% supplémentaire. Les actions offrent toujours des opportunités d’investissement intéressantes en raison de leur composante de croissance; un instrument précieux à un moment où les possibilités pour les banques centrales de relever les taux et de resserrer les conditions monétaires semblent limitées. L’accent sur la sélection d’entreprises de haute qualité exposées à des tendances de croissance, telles que les soins de santé et la technologie, peut contribuer à assurer une croissance à long terme dans un environnement plus difficile.

Le changement technologique et la durabilité sont deux domaines qui bénéficient des effets de la pandémie. La distanciation sociale a conduit plus d’activités “on line, qu’elles soient liées au travail ou aux loisirs. La tendance à davantage de numérisation et d’expériences virtuelles s’est accélérée l’année dernière. Ce qui risque d’aggraver les perspectives de l’immobilier, des transports, du commerce de détail et des loisirs, entre autres secteurs. Presque toutes les dépenses budgétaires annoncées cette année ont un biais durable. Investir de manière durable peut offrir des opportunités de croissance à long terme dans le cadre du passage à une ère sobre en carbone. Et avec la popularité croissante des investissements dans ces actifs, l’élan derrière les investissements durables est susceptible de se renforcer.

Des niveaux persistants de volatilité sur les marchés financiers qui sont relativement élevés, aidés par l’incertitude entourant la pandémie et les tensions géopolitiques, suggèrent que la construction et la diversification du portefeuille seront encore plus importants. Les perspectives de rendement étant faibles et les possibilités d’appréciation du capital limitées, l’efficacité d’un investissement traditionnel de 60% en actions et 40% en obligations diminue. Cela semble indiquer la nécessité de se tourner vers une gestion des actifs plus adaptée.

L’allocation dans les marchés privés, les hedge funds ou l’or semble un moyen de favoriser les perspectives de performance d’un portefeuille diversifié. Les marchés privés semblent offrir de nombreuses opportunités d’investissement tant en actions qu’en dette. Une période de forte volatilité et de faible rendement pourrait également favoriser les hedge funds, notamment dans les titres à revenu fixe, malgré leurs performances relativement faibles au cours de la dernière décennie. Selon la stratégie, les hedge funds ont des profils de corrélation différents avec les marchés actions. La dispersion dans l’univers d’investissement des hedge funds s’est encore plus accentuée que dans les marchés publics. Cela signifie qu’une approche d’investissement active est d’une importance capitale pour les investisseurs qui cherchent à produire de l’alpha. Enfin, l’or continue de séduire en tant que diversificateur solide de portefeuille. Avec des taux réels bas, voire négatifs, le métal précieux devrait continuer à offrir une protection en cas de hausse de la volatilité sans nuire à la performance dans les périodes plus calmes.

Article: Jean-Damien Marie, co-responsable des investissements chez Barclays Private Bank

Auteur de l’article : Wealth Monaco