risque

«Sans maitrise, la puissance n’est rien»

Wealth Monaco a rencontré l’équipe de GEFIP – société indépendante de gestion de portefeuille où l’analyse fondamentale est renforcée par une recherche approfondie du rapport risque/rentabilité. Dans ce premier article, GEFIP explique sa quantification du risque et l’illustre à travers 2 entreprises que sont Caterpillar et Air Liquide .

L’irruption tout azimut de la technologie

Dès les années 90, chez GEFIP nous manipulions des données à grande échelle avec les premiers fonds quantitatifs et les « program trades ».

Tout au long des années 2000, nous améliorions notre modèle de droite de marché en y intégrant notamment une troisième dimension : la liquidité.

2020 marque un triple aboutissement : l’intelligence artificielle s’immisce dans notre processus d’allocation d’actifs ; notre modèle de plan de marché s’étend aux zones américaines et japonaises ; enfin notre analyse du risque s’enrichit.

La problématique rentabilité/risque est à la gestion ce que le moteur est à l’automobile : sa raison d’être. Le gain attendu sur un titre dépend des flux de trésorerie futurs que l’entreprise concernée sera capable de générer. Plus nos anticipations diffèrent de celles du marché, plus le potentiel haussier/baissier pourra s’avérer significatif.

Ensuite, le risque entre en scène…Plus ce dernier nous semble fort, plus le taux auquel nous actualisons nos projections futures sera élevé grevant ainsi la valeur de l’entreprise. C’est donc un couple de variables essentiel au processus de valorisation.

Quantifier le risque

Nous quantifions le risque à travers trois dimensions :

• Une dimension opérationnelle : nous mesurons la volatilité des résultats d’une entreprise. Nous considérons qu’une entreprise « peu risquée » est plus à même de fournir des résultats futurs moins volatiles, plus « prévisibles » qu’une entreprise risquée.

• Une dimension financière : nous analysons la qualité du bilan de l’entreprise. Une entreprise sans dette a moins de chance de faire faillite qu’une entreprise endettée.

• Une dimension boursière : le béta, qui mesure la sensibilité d’un titre aux variations de marché.

Ces trois piliers nous permettent alors de déterminer une note de risque pour chacun des titres de nos univers d’investissement. Nous entretenons une base de données répertoriant plus de 500 valeurs aux Etats-Unis, 320 en Europe et 500 au Japon.

La notation attribuée à chacune de ces valeurs nous permet de classer nos univers d’investissement en 5 catégories/quintiles de risque. La catégorie 1 correspond aux entreprises présentant la meilleure visibilité sur leurs résultats futurs ainsi que les bilans les plus sains.

À l’opposé, la catégorie 5 rassemble des entreprises aux profits plus heurtés (cycles économiques, restructuration, accidents…) et des bilans plus fragiles. Les dynamiques de croissance bénéficiaire (donc les profils boursiers) varient grandement d’une catégorie à l’autre (cf. graphique ci-après).

On constate que ces deux valeurs, bien qu’appartenant au même secteur industriel, présentent des parcours boursiers différents.

CATERPILLAR vend des équipements miniers et outils de chantier. Ses profits dépendent des budgets d’investissement de ses clients, dépendant eux-mêmes de l’évolution des prix des minerais.

À l’inverse, AIR LIQUIDE fournit des gaz industriels pour différents secteurs d’activités (santé, environnement, chimie…). Elle opère dans un environnement quasi oligopolistique et bénéficie de contrats de long terme relativement indépendants de la donne économique.

Même si sur la période représentée (2000-2020), CATERPILLAR réalise une meilleure performance qu’AIR LIQUIDE, on observe que ses profits sont nettement plus volatiles.

Ainsi, le point d’entrée sur CATERPILLAR est décisif pour réaliser une performance importante. En d’autres termes c’est une valeur de catégorie 5 et nous ne nous positionnerons qu’en cas de potentiel haussier significatif.

Ceci est moins vrai sur AIR LIQUIDE, la valeur est de catégorie 1, le point d’entrée sera moins déterminant et, en conséquence, le potentiel de hausse attendue sera moindre.

Notre classification poursuit donc un double objectif dans notre travail de sélection de titres:

Tout d’abord elle nous indique, par le biais d’une régression linéaire1, le taux d’actualisation à utiliser pour la valorisation de l’entreprise.

Ensuite, elle nous permet de calibrer le potentiel haussier attendu sur une valeur : nous serons en effet plus « gourmands » sur des profils 4 ou 5.

Notre méthodologie nous permet enfin de définir un cadre de construction pour nos portefeuilles.

Le tableau sur la page suivante met en exergue la structure par classe de risque de nos différents univers d’investissement. Il est à constater qu’indépendamment de la zone géographique dans laquelle nous nous trouvons (Europe, Japon, USA), environ 30% (40% pour les USA) de la capitalisation boursière de l’univers est caractérisée par des valeurs de catégorie 1.

A l’inverse, les catégories 4 et 5 pèsent entre 20 et 30% de la capitalisation boursière de nos univers.

Lorsque l’on observe les deux dernières colonnes on constate que les valeurs offrant le plus de visibilité et les bilans les plus sains ont enregistré les meilleures performances en 2020. Cela semble logique au vu de la forte incertitude caractérisant l’année. Toutefois, l’avant dernière colonne nous rappelle l’intérêt d’avoir des valeurs plus risquées dont les variations peuvent être rapides et significatives. En novembre et décembre ces dernières ont largement surperformé le marché.

La construction de nos portefeuilles repose sur cette approche. Nous veillons à ce que les différentes catégories de valeurs y soient bien représentées, privilégiant ainsi une stratégie de gestion diversifiée du risque.

En plus d’offrir une vision différente des codes de classification traditionnels (secteur, géographie, capitalisation boursière…), notre méthodologie nous permet également de nous affranchir des considérations de style (growth, value…).

Nos prises de risque sont ainsi quantifiées et nous exerçons un regard critique sur les potentiels de revalorisation boursière.

Article: GEFIP

Titre: Spot publicitaire de Pirelli

1 Régression linéaire : modèle statistique permettant d’établir une relation linéaire entre deux variables. Chez GEFIP, notre modèle établi une relation entre 3 variables : le taux de rendement interne (TRI) d’une entreprise, son risque et sa liquidité. Notre plan de marché nous permet de définir, pour un niveau de risque et de liquidité donné, la rémunération que l’on est en droit d’attendre sur un titre : son taux d’actualisation.

Auteur de l’article : Wealth Monaco