Si Monaco est une terre d’accueil pour les Family Offices, la création de l’activité de Multi Family Office est assez récente à Monaco. Il était essentiel pour la principauté d’offrir cette forme de société à une clientèle fortunée ayant des besoins et des exigences variables d’accompagnement dans leurs démarches de patrimonialisation. L’initiation du premier projet de loi remonte à 2013 et le Conseil National a adopté le projet de loi n°946 le 29 novembre 2016, publié sous la Loi n°1.439 du 2 décembre 2016.

L’activité de MFO à Monaco consiste à fournir, à titre de profession habituelle, des conseils et des services de nature patrimoniale et financière à des personnes physiques, à des familles ou à des entités juridiques auxquelles elles sont reliées.

Constituée sous forme de société anonymes monégasques (SAM), le MFO est subordonné à l’obtention préalable d’une autorisation administrative – à l’exclusion des établissements de crédit – délivrée par arrêté ministériel et selon les cas, par la CCAF lorsque les services du MFO sont étendus à certaines activités financières.  

Dans un souci de clarté, la loi sur les MFO stipule qu’aucune activité de gestion ne peut être menée par celui-ci, afin d’écarter tout risque de conflit d’intérêt plus susceptible d’apparaitre dès lors qu’une même structure diversifie ses activités financières.

De même, le mode de rémunération pouvant également fragiliser l’objectivité et l’indépendance du conseiller étant lui-même juge et partie, la loi précise que le MFO ne peut percevoir d’autre rémunération que celle reçue directement et exclusivement de son client, ce dernier étant assuré de bénéficier de conseils avisés, indépendamment du montant du patrimoine conseillé.

Le business modèle des Family Offices a mué d’une stratégie d’investissement passive à une gestion de patrimoine active. Là où les Family Offices confiaient leur gestion d’actifs à des tiers, ils ont pris conscience qu’ils possédaient eux-mêmes les ressources pour administrer leurs propres fonds.

Cela s’explique aussi par la transformation du profil des clients de plus en plus nombreux à avoir érigé leur fortune à la suite de la vente de leur compagnie, ou d’une IPO et qui choisissent tout naturellement une gestion active, en avance sur les tendances : Digitalisation, Impact investing, Technologie, Startup, Art, Private Équity, énergies renouvelables sont autant de sujets dans lesquels ils excellent.

Les leaders fortunés sont à la recherche de profils de conseillers de plus en plus expérimentés pour concourir au choix d’allocation adéquate, en fonction d’une stratégie patrimoniale qui s’inscrit dans un contexte de transfert intergénérationnel de richesse, raison d’être du Family Office.

L’expertise des gestionnaires et les capacités de croissance de ces Family Offices étant exponentielles, les coûts fondamentaux de ces structures sont un point essentiel qui amènent certains clients à opter pour un Multi Family Office dont la mutualisation des coûts de fonctionnement présente un avantage non négligeable.

City Private Bank a ainsi établi récemment une grille des coûts relatifs catégorisés selon 4 tailles de Family Office:

-Le Family Office « small » composé de 2 comptables/expert comptables à plein temps, d’une équipe de 3 personnes assurant l’administration, l’intendance, le management et d’un conseiller en investissement, pour un coût variable annuel de 1,5-1,8 million de dollar

-Le familly Office « medium » composé d’une équipe de 6 personnes assurant l’administration, l’intendance, le management, plus 3 comptables/expert comptables à plein temps, 1 personne dans le conseil juridique, 4 conseillers en investissement et 1 project manager pour un coût variable annuel de 3 à 3,8 million de dollar

-Le Family Office « large » composé d’une équipe de 8 personnes assurant l’administration, l’intendance, le management, 1 security manager, plus 5 comptables/expert comptables à plein temps, 1 personne dans le conseil juridique, 5 conseillers en investissement, 1 project manager et des spécialistes en philanthropie, et en art pour un coût variable annuel de 8 a 10 million de dollar

-Le Family Office « very large» composé d’une équipe de 14 personnes assurant l’administration, l’intendance, le management, 2 security managers, plus 10 comptables/expert comptables à plein temps, 4 personnes dans le conseil juridique, 10 conseillers en investissement, 2 project managers et des spécialistes en philanthropie, et en art pour un coût  variable annuel de14 à 20 million de dollars.

Un point de repère pour calculer le coût de ces Family Offices serait de diviser les dépenses directes du Family Office par les actifs sous gestion.

« Si le patrimoine d’une famille croît à un rythme robuste, disons à 6% avant impôt annualisé sur le long terme, dépenser 1% pour un Family Office peut être raisonnable. Cependant, 1,5% ou 2% de frais généraux annuels de bureau éroderont la valeur des dépenses du portefeuille au fil du temps, tout comme les frais et les taxes ».

City Private Capital Group- A guide to establishing a family office

La montée en compétence des Family Offices, et l’élargissement de leurs zones et secteurs d’investissements, les amènent à être de plus en plus gérés comme des entreprises avec les mêmes logiques de gestion de personnel, d’optimisation des coûts, et de gouvernance ; en ce sens, les MFO n’incarnent pas seulement une démocratisation du SFO mais permettent au client un allègement de toute la partie opérationnelle.

SFO versus MFO, chacun devra étudier la meilleure alternative au cas par cas ; l’échange et le partage d’expérience constitue notamment un des moyens de clarifier ce projet patrimonial long terme.

Monaco accueille chaque année le Ritossa Familly Office Investment Summit, une occasion de rencontrer un grand nombre de professionnels du Family Office et de familles fortunées ayant fondé leur propre SFO, pour échanger sur ces questions.

Article : Joana Foglia