Total energies Climate

TOTAL Energies Face au Réchauffement Climatique (1968-2021)

Alertes précoces et émergence d’une responsabilité environnementale : 3 chercheurs mettent en cause dans la revue académique internationale Global Environmental Change, la responsabilité de la multinationale TOTAL Energies dans la crise du changement climatique.

Christophe Bonneuil, Directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’EHESS à Paris, Pierre-Louis Choquet, Chercheur post-doctorant de l’Université de Oxford, actuellement au Centre de sociologie des organisations – Sciences Po, membre du comité de rédaction de la revue Projet et du comité « Société » de la revue Études, et Benjamin Franta, PhD en Physiqus Appliquée à la Harvard School of Engineering and Applied Sciences, également co-fondateur et Directeur de la Accountability Research for the Climate Social Science Network, réseau mondial d’universitaires en sciences sociales effectuant des recherches sur la politique climatique, à l’Université Brown, ont révélé dans une revue académique que la Direction et l’équipe de Total Energies (Total / Elf) étaient avertis de la possibilité d’un dérèglement climatique sans précédent causé par la production de combustibles fossiles dès 1971.

« Notre étude se situe au carrefour de l’histoire environnementale et de l’histoire des entreprises, et contribue au champ de l’agnotologie, l’étude de la production culturelle de l’ignorance ou du doute. De nombreuses études sur les politiques du changement climatique ont analysé les relations à la science selon un prisme dichotomique de l’acceptation ou du déni, l’histoire de Total [et Elf] met en lumière de multiples nuances et de multiples facettes des positionnements par rapport aux savoirs climatiques, tels que l’allégeance publique au consensus scientifique tout détournant l’attention de la responsabilité des produits fossiles. L’examen de ces postures multidimensionnelles pourrait aider à comprendre les réactions historiques des entreprises face au réchauffement climatique, mais aussi les jeux d’acteurs d’aujourd’hui. »

Christophe Bonneuil, Pierre-Louis Choquet, Benjamin Franta

Pour mettre en lumière ces révélations, les associations Notre Affaire à Tous et 350.org lancent une campagne de mobilisation #TotalMent et exigent des décideurs publics de tenir la multinationale responsable et des institutions financières de cesser de la financer.

« Ces révélations apportent les preuves que TOTAL Energies et les autres majors pétrolières et gazières ont volé le temps précieux d’une génération pour enrayer la crise climatique. Les conséquences désastreuses du dérèglement climatique que nous vivons actuellement auraient pu être évitées s’il y a 50 ans dans une salle de réunion, des dirigeants n’avaient pas calculé sciemment que quelques décennies de profits supplémentaires valaient davantage. »

350.org et Notre Affaire à Tous

« La priorité de la multinationale a toujours été la protection quoiqu’il en coûte de leurs profits, même si cela doit impacter de manière irréversible les sociétés humaines et les écosystèmes. Alors que leurs dirigeants savaient qu’une fois que les effets du dérèglement climatique seraient mesurables ils seraient irréversibles, Elf et Total ont continué à soutenir une stratégie du doute offensive dans les années 1990 dans le but de contrer toute régulation de la production d’énergies fossiles »

350.org et Notre Affaire à Tous

Ces associations demandent à présent aux gouvernements et acteurs de la finance de contraindre TOTAL Energies à s’aligner sur les recommandations du GIEC en cessant de développer de nouveau projets fossiles

Alors que les négociations de la COP26 s’ouvrent dans quelques semaines, ces révélations soulignent l’urgence pour les gouvernements d’abandonner la stratégie d’engagement volontaire des industries fossiles pour opérer la transition énergétique, mais au contraire qu’ils imposent de manière contraignante le respect des objectifs de l’Accord de Paris. 

“Le droit et la justice se montrent de plus en plus efficaces pour créer un cadre contraignant les multinationales à respecter leurs engagements climatiques, comme le démontre le cas de Shell aux Pays-Bas. Mais nous devons être vigilants : ces lois sont attaquées de manière constante, comme nous le voyons actuellement avec la loi sur le devoir de vigilance qui risque d’être affaiblie demain par les parlementaires, de leur propre aveu sous la pression des lobbys des grandes entreprises”.

Justine Ripoll, responsable de campagnes de Notre Affaire à Tous

Lobbying des multinationales, responsabilité de l’Etat, l’article des 3 chercheurs mentionne également le rapport interne d’Elf en 1992 qui se félicite de la mise en échec récente de l’écotaxe, grâce au travail de lobbying réalisé auprès « d’interlocuteurs directs avec les cabinets ministériels et les administrations en France et auprès de la Communauté économique européenne ».

Ces associations souhaitent que le Parlement se saisisse de ces révélations en lançant une commission d’enquête, pour faire toute la lumière sur la manière dont les décisions climatiques des pouvoirs publics ont été prises durant toutes ces décennies.

Leur objectif est que Total Energies soit tenue responsable pour « les pertes et les dommages causés par sa décision d’ignorer les alertes scientifiques depuis 50 ans et mettre toutes ces ressources à disposition d’une transition énergétique réelle et immédiate de ces activités. »

Les investisseurs qui doivent aujourd’hui faire face aux complexités du changement climatique, devront-ils également prendre en compte demain, les antécédents climatiques de leur portefeuille d’investissement?

Article: Joana Foglia

Auteur de l’article : Wealth Monaco